La France sauvée par l’andouillette
Ce week-end j’étais à Troyes (à deux. Voilà, c’est fait, assez ri). C’est une ville charmante, connue aussi pour une spécialité gastronomique, l’andouillette.

Andouillette solitaire. Oui, bon, je sais.
Edgar Faure, politicien célèbre de la 4ème République française, ayant trempé dans toutes les canailleries de l’époque, disait : « La politique, c’est comme l’andouillette, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop ». À cette époque, on savait encore se tenir. Maintenant, l’odeur on s’en fout. Même que pour sortir des crises, on met au pouvoir ceux qui les ont créées.
Cette rencontre avec l’andouillette m’a amené à quelques supputations économico-politiques d’envergure. Surtout, vers la deuxième bouteille de champagne.
L’andouillette, le croiriez-vous, est elle aussi notée avec des A, comme un vulgaire État sur cette planète. Mais elle, tenez-vous bien elle est notée AAAAA. Cinq. Vous avez bien lu. Je n’ai pu savoir qu’elle était l’agence de notation qui lui avait décerné une pareille côte, mais c’est impressionnant. Et mérité, du moins à ce que mon expérience andouillétière me permet de juger.
La France a donc bien tort de trembler à l’idée qu’on pourrait lui sucrer un ou plusieurs A. En cas de malheur, même si on les lui supprimait tous, l’Andouillette pourrait toujours lui refiler trois des siens, il lui en resterait encore deux ! C’est pas de la ressource, ça ?
Les Français ne connaissent pas leur bonheur ! Ils peuvent revoter Sarkozy en toute quiétude : l’andouillette sauvera la France des mauvaises notes de l’Étranger !
En Belgique, c’est plutôt en Andouilles qu’on est fournis. Lesquelles essaient de nous préparer un gouvernement fédéral depuis des mois et des mois. Ils n’y arrivent pas.
Le bon peuple ( le peuple est toujours bon) se dit : » Si des gens aussi intelligents n’y arrivent pas, c’est qu’il y a un vrai problème ». Bon peuple, dans ton infinie bonté, as-tu songé que ça pouvait être aussi une bande nuls d’envergure ? Roublards, certes, mais c’est une forme d’intelligence assez suspecte. Attendons donc qu’on nomme un « technicien » pour résoudre le problème. Et s’il vient de chez Goldman-Sachs, ce sera encore mieux.
Contrairement au bruit qui court selon lequel la Belgique n’aurait pas de gouvernement, on en a cinq qui nous prennent déjà très bien pour des cons : Bruxelles, La Wallonie, La Fédération Wallonie-Bruxelles (trois gouvernements pour deux territoires ! Hein ! Oh ! Ça rigole pas… Aucune bête au monde…), La Germanie (ça ne s’appelle pas vraiment comme ça, mais on cause Allemand sur ce territoire) et La Flandre. (Normalement on dit LES Flandres avec s, parce que des Flandres, il y en a plusieurs. Dès que LA Flandre aura son indépendance, toutes les autres réclameront la leur. Le nationalisme quand ça commence…)
Alors moi, comme vous le savez, je prépare mon coup en douce. Comme je l’ai annoncé sur une tranche de Camembert précédente, puis sur ma page Fesses de bouc et sur le site de Jiri Pragman, c’est donc très officiel, je m’apprête à créer la République Démocratique, Populaire, Marxiste-Lepeniste, de gauche, ou de droite, ça dépendra des sponsors, de Gouy-Lez-Piétons. D’abord avec cinq (comme l’andouillette) États en ordre de marche, le sixième en voie de nuisance, un septième, en Belgique, ne peut qu’améliorer la situation. Lorsque les Flandres feront sécession entre elles, ça donnera des idées aux Wallonies, (parce que si vous croyez que ça baigne entre Namurois, Liégeois, Carolos, etc.), j’aurais préparé mon petit paradis fiscal patriotique. Oui, oui, je sais, le Sarkozy et le G20 ont dit qu’ils les avaient fait disparaître. Ce qui n’empêche qu’ils se soient jamais aussi bien portés. Y a aucune raison que ça change, puisque, d’accord, le petit fraudeur n’y a plus accès, mais les gros voyous, les banques, et leurs techniciens, comme ils les appellent, oui. Tient, si Al Capone s’était fait appeler « technicien » peut-être qu’il n’aurait pas si mal fini. En ces temps, sans doute, on n’estimait pas le technicien à sa juste valeur.

Al Capone, glorieux ancêtre, certes encore un peu artisanal, du technicien moderne.
Techniciens en pognon et arnaques diverses, faites moi parvenir votre CV, j’ai un plan pour vous. Discrétion garantie.
Comme techniciens officiels, vous bénéficierez de l’immunité diplomatique, pas comme un con de fils de Khadafi. Technicien, c’est neutre. Un technicien, ça fait son boulot, c’est tout. Pas de risques de se retrouver un jour devant le TPI. De plus, on sera, marxisme oblige, mais pas trop, un État social actif, comme disaient les rigolos, genre Tony Blaireau ou Franck Vandenfroc (je ne sais plus comment s’écrit « pantalon » en flamand) et socialistes divergauches. On partagera avec tous les chômeurs qu’on aura fait venir dans notre république, c’est pas ce qui va manquer autour. Mais on va pas les laisser à rien foutre. Ils s’habituent. Puis ils râlent contre les banquiers, les spéculateurs qui en foutent encore moins, mais eux se goinfrent et font la leçon aux autres. On comprend que ça énerve le chômeur ; distribuez des jetons de présence à l’Onem, au Pôle emploi, xétéra, ça motivera l’oisif, contribuera à la paix sociale.
Pas de ça chez nous ! tous au boulot. Notre devise en la matière, inspirée du bon docteur Knock : Le travailleur est un chômeur qui s’ignore. Ça donnera tout de suite l’ambiance. Et on aura des syndicats qui, discrètement leur rappelleront que faire grève, d’accord, mais on touche à rien… Sinon, expulsion du paradis et chomedu sans indemnité dans les États voisins.
Travailler, mais à quoi ? me direz-vous, malins que vous êtes! Mais à compter vos sous. Oui, oui, ceux de votre encore salaire ou de vos allocations diverses, bande de naves ! que via vos banques vous aurez placé dans nos coffres. Nous, après s’être sucrés, on les prêtera, vos sous, à vos États, au taux maximum ! On va se gêner !
Question démocratie, ce sera exemplaire : élections diverses et régulières pour toutes les fonctions de pouvoir civil. Pas financier, naturellement. Ça c’est l’affaire des techniciens, faut pas tout mélanger. Les élus n’auront pas d’autre boulot que d’être élu. Ce sera un métier. De la sorte, ils connaîtront bien leurs dossiers. Il serait plus commode de les élire à vie, ils auraient tout loisir de les approfondir, leurs dossiers, sans perdre leur temps dans le barnum électoral, mais ça ne ferait pas du tout démocratique. En Démocratie, les apparences, c’est fondamental. D’ailleurs, la Démocratie que nous connaissons dans nos aimables contrées n’est-elle pas représentative ? L’élu est donc, on s’en doutait, en représentation. Permanente. Les nôtres s’appliqueront donc, à conserver soigneusement les apparences, de manière à être réélus régulièrement s’ils veulent garder leur boulot. Ça motive l’élu de garder son boulot. C’est humain. Du coup, il n’est plus trop regardant sur l’application du programme. D’autant, qu’en plus de son salaire, raisonnable, transparent, il touchera nombre de jetons de présence dans toutes sortes de nos entreprises, toutes utiles à la collectivité, ça va de soi.
Pour servir, comme ils disent, la dette, vos États à vous, où vous serez restés si vous n’avez pas émigré à Gouy-lez-Piétons tant qu’il y aura de la place pour les étrangers, vos États, donc, seront obligés de supprimer les services publics qui coûtent tellement cher et sont inefficaces, avec tous ces fonctionnaires. Comme ça, vous pourrez arrêter de les jalouser, les fonctionnaires. C’est pas la belle vie, ça plus de fonctionnaires ? Rien que des employés d’entreprises.
— Papa ! Papa ! Y a le feu à ma chambre ?
— Vite, les pompiers !
« — ( Neuvième de Beethoven, puis) : Bienvenue chez Pompiers Boneuil. Toutes nos lignes sont actuellement occupées. Pour un incendie, tapez 1, un accident de la route, tapez 2. Remplissez votre panier. Mentionnez votre code promotionnel et gagnez une treizième asphyxie gratuite. Toutes nos prestations son payables d’avance.Visa, tapez 1, Paypal, tapez 2 »…
Ceux qui resteront, grâce à nous, vont vraiment entrer dans la modernité.
À Gouy-lez-Piétons, ce sera hypermoderne. Les travailleurs recevront un petit salaire, bien suffisant selon nous, qu’ils pourront dépenser dans nos logements, nos boutiques, nos villages de vacances, tout ça, de manière à ce qu’on puisse récupérer tout le pognon qu’on leur aura donné. Pour gérer nos logements, nos boutiques, tout ça, on aura des indépendants. Tout État bien tenu doit compter sur un certain nombre d’indépendants. C’est rente assurée. Car ces gens-là, c’est pas des feignants. Ils bossent, eux, sans regarder. On les taxe, évidemment. Et plus on les taxe, plus ils triment, sans jamais se décourager. Étonnant, non ? Vous voudriez qu’on s’en passe ?
Bien sûr, ils vont vilipender l’État qui leur prend leurs sous, s’imaginant que c’est pour les donner au tas de feinteurs qui font semblant de travailler. On le leur laissera croire. En réalité, leurs sous serviront à rembourser les emprunts de notre État auprès de nos banques. Privées, bien sûr. Car les États ne peuvent emprunter qu’aux banques privées. Ce qui ne dispensera pas les indépendants de rembourser les prêts généreux que leur auront octroyés nos banques.
Tout de même, ils auront des avantages. Notamment des signes extérieurs d’indépendance. Oui, bien sûr, à Gouy-lez-Piétons, on l’a vu dans la dernière tranche de camembert, pas de 4×4, tous à pied. Ce sera, ne l’oubliez pas, le fondement culturel de notre petite patrie.
Règle intangible : pour être crédible dans la création d’un État indépendant, il ne faut pas aller crier sur les toits « Nous, tout ce qui nous intéresse, c’est de contrôler le bizness sur ce territoire ! » Malheureux ! Ne faites jamais ça. Il faut une revendication culturelle. Religieuse, c’est encore plus porteur de nos jours. Par exemple : « Nous, notre religion, traditionnelle, c’est de mettre des plumes dans le cul des femmes, sans entrave. On veut un État où les plumes dans le cul des femmes seront la règle. Sinon, nous ne pouvons pas vivre notre foi. Cependant, nous appliquerons la règle avec modération, hein ! salope ! » Vous n’allez quand même pas refuser un territoire à des gens qui veulent simplement mettre des plumes dans le cul des femmes, non ? Ça fait de mal à personne.Vous pourrez au besoin compter sur le soutien de Bernard Henri Lévy.
Pour revenir à nos indépendants, pas de 4×4, mais par exemple des supers godasses, avec chromes rutilants autour des trous de lacets, l’ABS dans les semelles pour éviter les mauvaises glissades, l’air conditionné à l’intérieur, parfum automatique et au choix contre la transpi, xétéra. Le top du top : les chaussures en peau de zobi. C’est vachement commode, la peau de zobi. Il suffit de la caresser un peu et hop ! tout de suite elle grandit. C’est superutile pour transporter des marchandises. Un petit coup d’eau froide dessus et rehop ! elle se racrapote. Facile à ranger.
Mais, à part les groles des indépendants, allez-vous dire, tout ce que le Camembert raconte sur le futur État de Gouy-lez-Piétons, c’est déjà comme ça chez nous.
Bravo ! vous avez tout compris. Il ne vous reste plus qu’à créer votre État avant la catastrophe…
Sans compter que si après ça j’ai pas un prix Nobel de Technicien, c’est à désespérer de l’inventeur de la dynamite.
Assez ri. Une question sérieuse
Dieu comme vous le savez est Dieu. Mais si on cherche un peu plus loin on ne sait pas ce que c’est vraiment, tant il y a d’explications, variables selon les religions et à l’intérieur des religions. Faudrait peut-être trouver un minimum d’accord, non?
Alfred Jarry, avec son Père Ubu a incontestablement fait progresser la science politique. On sait moins qu’il s’était aussi attaché à essayer à mieux connaitre Dieu. Notamment, pour commencer à y voir clair, de calculer sa surface. C’était un bon début, non ? Hélas, Alfred Jarry mourut très jeune, sans avoir terminé ses travaux. Punition divine ? Non, usage excessif d’absinthe.
Mon problème, c’est que je suis totalement nul en chiffres (et d’autres innombrables domaines). S’il y a des matheux parmi vous, j’aimerai qu’ils me disent si oui ou non les calculs de Jarry tiennent la route. Et puis, ça donnera peut-être des idées à d’autres, qui nous permettront d’en savoir plus sur Dieu autrement que par tel ou tel marginal ayant abusé des herbes, un prophète ainsi que se plaît à les désigner la rumeur publique.
De la surface de Dieu
Dieu est par définition inétendu, mais il nous est permis, pour la clarté de notre énoncé, de lui supposer un nombre quelconque, plus grand que zéro, de dimensions, bien qu’il n’en ait aucune si ces dimensions disparaissent dans les deux membres de nos identités. Nous nous contenterons de deux dimensions, afin qu’on se représente aisément des figures de géométrie plane sur une feuille de papier.
Symboliquement on signifie Dieu par un triangle, mais les trois personnes ne doivent pas en être considérées comme les sommets ni les côtés. Ce sont les trois hauteurs d’un autre triangle équilatéral conscrit au traditionnel. Cette hypothèse est conforme aux révélations d’Anne-Catherine-Emmerich, qui vit la croix (que nous considérons comme symbole du Verbe de Dieu) en forme d’Y et ne l’explique que par cette raison physique, qu’aucun bras de longueur humaine n’eût pu être étendu jusqu’aux clous des branches d’un Tau.
Donc, POSTULAT :
Jusqu’à plus ample informé et pour notre commodité provisoire nous supposons Dieu dans un plan et sous la figure symbolique de trois droites égales, de longueur a, issues d’un même point et faisant entre elles des angles de 120 degrés. C’est de l’espace compris entre elles, ou du triangle obtenu en joignant les trois points les plus éloignés de ces droites, que nous nous proposons de calculer la surface.
Soit x la médiane prolongement d’une des personnes a, 2, y le côté du triangle auquel elle est perpendiculaire, N et P les prolongements de la droite (a + x) dans les deux sens à l’infini.
Nous avons :
x = ∞ - N - a- P
Or
N = ∞ – 0.
et
P = O.
D’où
x = ∞ – (∞-0)- a- 0 = ∞ – ∞ + 0 – a- 0
x = a.
D’autre part, le triangle rectangle dont les côtés sont a, x et y nous donne
a2 = x2 + y2.
Il vient, en substituant à x sa valeur ( – a)
a2 = ( – a)2 + y2 = a2 + y2.
D’où
y2 = a2- a2 = 0
et
y = √0.
Donc la surface du triangle équilatéral qui a pour bissectrices de ses angles les trois droites a sera
S = y (x + a) = √0 (-a+a)
S = 0 √0
COROLLAIRE : À première vue du radical √0 , nous pouvons affirmer que la surface calculée est une ligne au plus ; en second lieu si nous construisons la figure selon les valeurs obtenues pour x et y, nous constatons :
Que la droite 2y, que nous savons maintenant être √0, a son point d’intersection sur une des droites a en sens inverse de notre première hypothèse, puisque x = – a ; et que la base de notre triangle coïncide avec son sommet ;
Que les deux droites a font avec la première des angles petits au moins que 60°, et bien plus ne peuvent rencontrer 2 √0 qu’en coïncidant avec la première droite a.
Ce qui est conforme au dogme de l’équivalence des trois personnes entre elles et à leur somme.
Nous pouvons dire que a est une droite qui joint 0 à ∞ et définir Dieu :
DÉFINITION : Dieu est le plus court chemin de zéro à l’infini.
Dans quel sens ? dira-t-on.
- Nous répondrons que Son prénom n’est pas Jules, mais Plus-et-Moins. Et l’on doit dire :
Dieu est le plus court chemin de 0 à ∞ , dans un sens ou dans l’autre.
Ce qui est conforme à la croyance aux deux principes ; mais il est plus exact d’attribuer le signe + à celui de la croyance du sujet.
Mais Dieu, étant inétendu, n’est pas une ligne.
- Remarquons en effet que, d’après l’identité
∞ – 0 – a + a + 0 = ∞
La longueur a est nulle, a n’est pas une ligne, mais un point.
Donc, définitivement :
DIEU EST LE POINT TANGENT DE ZÉRO ET DE L’INFINI.
ALFRED JARRY
Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, 1911
Livre VIII, chapitre XLI
!!!! 2, doit être lu comme exposant, mais mon traitement de texte sur Word-press ne le permet pas. (Note de moi.)
C’était le bon temps…
Par l’intermédiaire de Marc Evesque, béni soit ce nom d’une longue lignée de mécréants ardéchois, j’ai retrouvé une partie des numéros de l’Indispensable, Journal nécessaire. Pas tout, hélas. S’il y a parmi vous d’anciens lecteurs, il me manque les n° 1 à 7,12,13,15,16,18,20,31.
Quelques couvertures, pour la nostalgie.
Lors de chute du Mur de Berlin en 89.

Question conjecture, on voyait loin, non ?
Après divers attentats, chrétiens (contre un cinéma à Paris) et islamistes contre un peu tout le monde qui n’est pas barbu, au moins dans sa tête , un peu partout.


Ça n’a pas beaucoup changé, hein !
Ça vous rappelle rien ? C’était papa Bush aux commandes

Et puis, au hasard…
La réunification de l’Allemagne…

Un couvent de carmélites s’était installé à Auschwitz. Elles priaient pour l’âme des morts. Pensez ! Dieu aurait pu les envoyer en enfer…
Elles ont fini par s’en aller. Dieu court toujours.
Bonjour chez vous, s’il n’y a personne, vérifiez que votre banque n’a pas fait procéder à une saisie abusive.
L’AFFREUX DU CAIRE
5ème épisode
Résumé de l’épisode précédent
Tandis qu’Alphonse de Médeux, à quelques épisodes de là, achève de lire la mystérieuse missive commençant par ces mots sibyllins :
« Saint-Jean d’Acre, le 21 juin de l’an de grâce 1191
À Monseigneur le Très Vénéré Grand Maître de l’Ordre des Tant Pliés… »,
… Basile Dekoch, le célèbre chasseur de francs-maçons, a cru démasquer un de leur crime rituel perpétré en toute impunité comme à l’accoutumée depuis au moins la construction des pyramides. Mais, caramba ! le mort n’est qu’ivre mort. Néanmoins, la police arrive.
Le commissaire Baukroate, l’as de la Police Judicieuse arriva en trombe sur les lieux du drame, suivi de près par son adjoint l’insphincter Georges Isidore Gérard Nautrehérau, dit GIGN, selon ses initiales. On aime à rire dans la police. Surtout lorsqu’on se complait à l’appeler Gnîîîin. Ce qui l’humilie profondément.
Dans un terrible crissement de freins, la voiture de service dans laquelle, tout à leur excitation de pourchasser le crime, ils avaient oublié de monter, s’arrêta à leur hauteur.
L’agent Bambois, qui la pilotait de main de contremaître, bondit en voltige, haletant :
— Patron ! patron ! bon sang ! quelle allonge ! j’essaie de vous rattraper depuis que vous avez quitté le Quai des Orfèvres-à-la-Saint-Eloi en courant comme un dératé. Vous avez oublié un élément capital dans le début de cette enquête, Monsieur le Commissaire.
— Et quoi donc, Bambois, aurais-je oublié ? haussa-les-sourcils le commissaire, avec cet air hautain qui faisait rentrer dans leur képi ses subalternes.
— Votre pantalon, Monsieur le Commissaire.
— Mon…
D’un coup d’œil expert, le fin limier évalua immédiatement la situation : il était bel et bien en caleçon à fleurs et en fixe-chaussettes.
— Grotesque, Bambois ! Grotesque ! on se croirait au théâtre ! C’est d’un goût…
D’un geste nerveux, il saisit le pantalon que lui tendait le chauffeur.
— Ce n’est pas le mien, Bambois ! feula-t-il. Son teint virait à l’écarlate.
— Ce n’est pas le vôtre ?
— Ch’est le mien ! chuinta l’insphincter Georges Isidore Gérard Nautrehérau, dit GIGN, en se relevant. Il avait pris en pleine gueule la portière de la voiture si précipitamment ouverte par l’agent Bambois. II s’apprêtait à empocher discrètement les quelques dents qu’il avait pu récupérer sur le trottoir, mais les caleçons n’ont pas de poches. Car telle était également la vêture de GIGN. Un caleçon long gris, molletonné, un peu tire-bouchonné, que complétait harmonieusement un tricot de corps à manches longues, de même couleur et de même matière.
— Et vous ne me disiez rien, Gnîîîîîn ! s’emporta le commissaire, alors que vous étiez derrière moi…
— Mais chi, commichaire, je criais même, mais vous ne m’écoutiez pas ! vous n’écoutiez que votre intuichion. Et arrêtez de m’appeler Gnîîîîn ! Ajouta-t-il à voix basse, car il n’était pas très courageux.
Le commissaire, d’un geste ample, porta la main à son front :
-Damned ! Un jour, elle me jouera un méchant tour ! dit-il d’une voix rauque en rôle. Il faut que je la maîtrise ! Il faut que je la maîtrise !
Un peu de sueur perlait à son menton.
GIGN le fixait d’un air soupçonneux.
La zigounette du commissaire, d’abord hésitante, commençait à percer par la fente latérale du caleçon à fleurs, reniflant la trace d’un coupable. La zigounette du commissaire était une fine limière. Tout à coup, elle se redressa, d’un bloc, puis, sans hésitation s’inclina très fortement vers la droite, dodelinant du gland, indiquant très précisément le bâtiment d’en face, où, nous l’avons vu se déroulait une scène de mélanges conjugaux, finalement assez banale.
Le commissaire était maintenant en sueur :
— Bon sang ! Grognagna-t-il… oui… c’est elle ! Oui, Gnîîîîîn !… Elle est là… mon intuition ne se trompe jamais : c’est la foufoune de la philosophe chauve aux gros nichons et au petit cul.
— C’est le contraire, commissaire ! Grinchigna GIGN.
— Qu’importe ! Nous la tenons, Gnîîîîîn !
— C’est la mienne que vous tenez, Commissaire !
Il venait en effet de plonger la main dans le caleçon de son subordonné, qui, rappelons-le à nos lecteurs égarés, était dans le même accoutrement que lui, l’entrainant vigoureusement vers de nouvelles aventures.
— Allons-y ! Vous êtes armé ?
— Autant que vous commissaire, dit GIGN, en attrapant celle de son supérieur.
— Si vous mettiez d’abord vos pantalons, suggéra l’agent Bambois, pratique.
— Vous avez raison, Bambois, dit le commissaire, procéder à une arrestation en caleçon, ça risque d’annuler la procédure.
— C’est pas bientôt fini ce cirque ! Intervint vigoureusement Basile Dekoch ! Vous avez ici un type ivre mort sur la voie publique et parce que c’est un franc-maçon…
—De quoi, de quoi ? Rougna le commissaire.
— Qu’est-ce qui dit, lui ? Bructa GIGN.
— Papiers ! Déclara Bambois, passant les pouces de ses deux mains derrière son ceinturon. Je l’embarque, commissaire ?
— Plutôt deux fois qu’une ! Mettez-moi ça au frais, Bambois, nous nous occuperons de lui au retour de notre périlleuse mission. Tiens ! bonjour, François, ajouta-t-il, apercevant le concierge. Des soucis ?
Ils se serrèrent la main.
Basile Dekoch eut le temps de voir qu’ils se grattouillaient mutuellement le creux de la main, mais il savait que c’était bidon. Le véritable signe de reconnaissance consistait à se frotter le pied droit contre le pied gauche, tout en agitant discrètement le gros orteil dans la chaussette. Il n’eut pas le temps d’observer ce geste, car l’agent Bambois venait de le pousser brutalement dans la voiture qui démarra en trombone. Un facétieux (nous l’avons vu, on aime à rire dans la police) avait coincé une embouchure de trombone dans le pot d’échappement du véhicule, d’où ses démarrages mélodieux.
— Ben, c’est le frangin de ton adjoint, répondit le concierge, désignant C. Notrehéraut, ronflant maintenant à l’unisson, quoiqu’avec une puissance inversement proportionnelle, avec le pot d’échappement de la voiture de police qui s’éloignait.
— Ah oui ! Il est venu payer sa cotisation annuelle… rigola le commissaire. Allez, rentre-le, sinon ça va encore faire jaser. Déjà qu’avec tous ceux qui, pour avoir le plaisir de boire un coup avec le Pape au bar, voudraient que l’Église nous reconnaisse, on a mauvaise presse chez les libres-penseurs, si on laisse trainer nos ivrognes, on va avoir les musulmans sur le dos. Il est joli votre frangin, là ! ricana-t-il à l’usage de son subordonné.
— Oh ! ça va, hein ! répliqua celui-ci, c’est aussi le vôtre, non ?
— Chuuuuuuut ! s’exclamèrent d’un même élan le concierge et le commissaire, l’index en travers de la bouche.
Tandis que le concierge, ou supposé tel, ramenait C. Notrehéraut à l’intérieur, les deux policiers enfilaient leur pantalon, puis, révolver à la main, s’élancèrent, charge furieuse, vers l’immeuble d’en face.
Elle ne dépassa pas le milieu de la rue. Nos deux hommes, l’élan brisé net, venaient de s’effondrer dans un cri de détresse poignant. Les badauds aux fenêtres, malgré l’heure matinale, poussèrent un « Hoooo ! » de désappointement.
— Ce con de Bambois ! Hurlugna le commissaire, il a oublié de nous donner les bretelles de nos pantalons !
La loi de la pesanteur est dure, mais c’est la loi : sans bretelles, un pantalon, ça tombe sur les chevilles, mettant irrémédiablement un terme à l’assaut le plus impétueux.
— Fâcheux contretemps ! Dit GIGN. Elle aura eu le temps de s’échapper.
La philosophe chauve aux petits nichons et au gros cul, à moins que ce ne soit le contraire, aura-t-elle eu le temps de s’échapper ? Et pourquoi devrait-elle s’échapper ? C’est ce que nous saurons, si ça se trouve, au cours de notre prochain épisode.
A suivre.