Un capitaine à la coule

Moi, je le trouve plutôt bien dans l’air de nos temps le capitaine de ce bateau qui vient d’enrichir les fonds marins italiens. Ça nous change un peu des fonds spéculatifs, lesquels se débrouillent pas mal non plus.

Qu’a-t-il fait qui lui vaut la vindicte générale, ce brave homme ? Quitter le premier le navire qui coule ? Mais enfin ! N’est-ce pas une coutume, certes récente, mais très répandue chez les capitaines d’industrie du CAC 40 et ses environs immédiats, qui, après avoir coulé telle ou telle multinationale, non seulement s’en vont les premiers et tout seuls, mais avec des indemnités faramineuses pour avoir réussi un si beau naufrage ?

Il n’est pas émouvant le Costa-Concordia couché sur le flanc ?

Avouez qu'à côté, le naufrage de Lehmans Brothers c'était nettement moins esthétique.

Dans ces cas, forts communs de nos jours,  c’est à l’équipage restant à bord d’organiser le sauvetage de ce qui peut l’être et de lui-même d’abord. C’est bien ce que nous avons vu là. Tout est en règle.

Quand aux passagers de la multinationale, les trouducs qui s’imaginent qu’elle veille sur eux et leur confort d’existence, il est évident que le capitaine n’a jamais songé un seul instant à ce qu’il pourrait bien leur advenir. Il s’en fout ! Il vous dirait, si vous aviez jamais l’occasion de lui adresser des reproches, sur un ton modéré, en ôtant d’abord poliment votre casquette, on ne parle pas à un naufrageur comme à son boucher, qu’il n’était pas à la tête d’une institution de charité. Le Costa Concordia non plus n’était pas une institution de charité, le prix des places à bord l’indique à suffisance.

Croyez-vous d’ailleurs que le monde soit une institution charitable ?

Cependant, le Trouduc encore plus Trouduc qu’en temps ordinaire lorsqu’il dépense beaucoup pour se donner l’illusion d’être riche, a le sentiment que cette dépense est une garantie de la prise en considération de sa personne. Poète, va ! C’est la prise en considération d’un éventuel procès en cas de non-respect du contrat qui est prise en compte. Sa petite personne ? Rien à cirer. Le capitalisme est pragmatique : il compte, il ne fait pas de philosophie : l’être, qui suis-je ? Où vais-je ? D’où viens-je ? Tout ça, c’est des prises de tête, pas des prises de bénéfices. Toutefois, afin d’éviter les dérapages, la pub, à la télé et ailleurs, répond à toutes les questions que Monsieur et Madame Toutunchacun, pourraient se poser, et cela avant qu’ils n’y aient pensé. Miracle : Monsieur et Madame Toutunchacun dépensent alors, avant même d’y avoir pensé, là où on leur dit de dépenser. Eh oui ! Le capitalisme, on s’en doute, ne vit pas tout seul et de rien ! C’est son aspect profondément humaniste. Le capitalisme a besoin des autres. Pendant quelques temps encore. Il pratique donc, en attendant des jours meilleurs, la philosophie sociale-active, prolongement de l’État du même nom cher à Franck Vanden Culotte et Tony Blaireau.

Pour l’heure, ce qui embête le plus les compagnies maritimes, dans le secret des conseils d’administration, pas sur la place publique évidemment, c’est que les Toutunchacun vont hésiter pendant quelque temps à mettre des sous dans une « croisière de rêve ». D’où manque à gagner…

Croisière de rêve, mon cul ! comme disait Zazie en parlant du sien. Le mien n’a jamais fait rêver personne. Ou on ne m’a rien dit.

J’ai déjà vu des monstres marins du genre du Costa-Concordia. Des camps de concentration maritimes ! Comment peut-on croire qu’on va « rêver » au milieu de 4000 personnes encaquées dans un tel espace ? Parce que tout à l’air « calme et volupté » ? Bidon ! C’est du stuc, du pipeau, pur toc, tape-à-l’oeil pour gogos qui veulent se donner de grands airs. Et ne se soucient nullement des dégâts collatéraux qu’ils occasionnent, leurs grands airs . Par exemple, si à chaque marée Venise, qui est déjà mal en point, est un peu plus inondée, c’est parce qu’on a creusé la lagune pour permettre l’accès de ces citées concentrationnaires flottantes.

Ces petits soucis anecdotiques mis de côté (rien n’est simple, hélas, mon pauvre monsieur, même en Capitalisme aigu), ce capitaine, plutôt que de le vouer aux gémonies, je suis d’avis qu’il conviendrait d’en faire une sorte de héros des temps modernes, une allégorie pour marquer l’histoire de notre époque. Elevons-lui une statue !

« Au capitaine du Costa-Concordia, pour sa conduite exemplaire dans la gestion de la Libre Entreprise, le CAC 40 reconnaissant. »

2012 : Les temps sont incertains, n’investissez que dans les valeurs sûres : faites l’amour, pas des voeux !

Nettoyant mon ordi suite à de bonnes résolutions, généralement aussi peu suivies d’effet qu’annuelles, j’ai retrouvé ce texte, ancien, bien de circonstance, à peine revu:

Attention! c’est de la science dure !


ZOOLOGIE

 LE NOUVELAN

Croisement subtil entre le Tankipass et le Tankifé, le Nouvélan est un animal qui, à l’instar du Bojolénouvo fait son apparition tous les ans à la mémé poque dans nos contrées.

À part les lendemains pâteux que l’un et l’autre génèrent, la ressemblance s’arrête là.

Le nom de cet intéressant migrateur provient, en partie, de celui du premier observateur qui le mit en évidence. Malheureusement, son nom s’est perdu. Quoiqu’il s’appelât probablement Nouvelan. Quel nom à la con !

Tout ce que l’Histoire a gardé de lui c’est qu’il était originaire de Montélimar (Drôme), d’où ce « Nou », gars de Montélimar.

 

Façade de la gare de Montélimar, Drôme, France

Façade de la gare de Montélimar

On trouve ensuite le mot « élan », qui signifie que l’animal n’est pas rapide. En effet, il ne met pas moins d’un an à s’en aller, pour être aussitôt de retour. Ce qui pourrait vouloir dire qu’il est plutôt vif. Mais ce n’est qu’un appât rance.

Nicolas Sarkozy
Appât rance pour électeur français.

Les attentifs diront : « Et le V ? Hein, le V ? Qu’est-ce qu’on en fait du V ? il y a un « V » entre « Nou » et « élan ». Il ne compte pas le V ? ».

Et non ! Chacun sait que le V n’est rien.

Mais d’où vient donc ce Nouvélan ?

Du fond des Temps, à gauche après le Big Bang. Ou le Big Crunch.

Où va le Nouvélan ?

Au moins jusqu’au 31 décembre à minuit.

Après, tout le monde est trop bourré pour que les observations soient encore dignes de foi. De foie, souvent, mais c’est très désagréable. En tout cas, le premier janvier, il est là, pimpant et frais, lui.

Qui est le Nouvélan ?

Au péril de choquer les personnes sensibles, force nous est de révéler que malgré les affectueux surnoms numériques dont on l’affuble (2000, 2001, 2010, etc.) pour essayer de donner le change, c’est toujours le même. Contrairement à une légende fort répandue, le temps n’avance pas. Il est parfaitement immobile sous ses airs actifs. En réalité, c’est l’humanité qui galope.

Après quoi ?

Il ne nous appartient pas de nous mêler des convictions philosophiques, religieuses et cinétiques de nos lecteurs.

 Omar Athon

 APPENDICE AU NOUVELAN

 De récentes études apportent un éclairage supplémentaire sur l’animal que nous avons étudié ci-dessus.  Posons-nous la question de savoir pourquoi le Nouvélan suscite un tel engouement dans le public.

Engouement fugace, mais d’une intensité rare.

Nous avons acquis la certitude que c’est à cause d’une sorte de guano produit en quantités astronomiques par notre migrateur.

Henri Guano, plume de Sarkoszy.

Ce guano s’appelle le Bonveu.

Qu’est-ce que le Bonveu ?

Un liquide baveux que l’animal excrète en général sur une ou les deux joues de sa victime. Laquelle, contre toute attente, se montre absolument ravie. Cependant, cette excrétion est extrêmement contagieuse. À peine le Bonveu a-t-il touché son but que la personne contaminée émet à son tour une certaine quantité de Bonveu dans son entourage immédiat.

La production de Bonveu se limite à une période d’environ trois semaines entre le début et la fin janvier.

Quel est son usage ?

Une superstition voudrait que l’enduit protège du malheur jusqu’à l’année suivante. Néanmoins, pour le SIDA, le préservatif reste de rigueur.

Nous avons mis à profit le temps écoulé entre notre dernier contact (fin janvier de l’année dernière) avec cette cochonnerie et aujourd’hui pour voir si vraiment elle éloigne le malheur, or :

 Nous avons perdu :

Nos clefs dans un trou de mémoire qui s’était subrepticement introduit dans notre poche.

De notre superbe après qu’avoir ôté une de nos chaussures en public pour en évacuer un petit caillou malencontreux, nous avons ainsi dévoilé un trou assez lamentable dans notre chaussette à hauteur du gros orteil. Ridicule !

 Nous avons :

Accidentellement regardé le Journal télévisé.

Reçu la visite de Témoins de Jéhovah.

Nous nous en tiendrons là. La liste de nos malheurs et mésaventures serait un peu fastidieuse. Mais ces quelques exemples nous montrent que le Bonveu ne protège de rien.

Toutefois, la coutume demeure plaisante, parfaitement inoffensive et n’engage à rien. Encore qu’un certain écœurement, chez les personnes sensibles, puisse rapidement survenir, tant il est quasiment impossible d’échapper aux bavures.

Fort heureusement, ça ne tache pas. Ça ne dure pas non plus : tel qui la veille vous tartinait de Bonveu, le lendemain vous écrase en voiture.

C’est la vie.

 Marcel Avis

Bonjour chez vous. S’il n’y a personne gardez vos vœux pour vous. Ils pourront servir l’année prochaine.

 

 

 

 

 

 

 

Le Saviez-vous ?

La France sauvée par l’andouillette

 

Ce week-end j’étais à Troyes (à deux. Voilà, c’est fait, assez ri). C’est une ville charmante, connue aussi pour une spécialité gastronomique, l’andouillette.

French andouillette pure porc

Andouillette solitaire. Oui, bon, je sais.

Edgar Faure, politicien célèbre de la 4ème République française, ayant trempé dans toutes les canailleries de l’époque, disait : « La politique, c’est comme l’andouillette, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop ». À cette époque, on savait encore se tenir. Maintenant, l’odeur on s’en fout. Même que pour sortir des crises, on met au pouvoir ceux qui les ont créées.

Cette rencontre avec l’andouillette m’a amené à quelques supputations économico-politiques d’envergure. Surtout, vers la deuxième bouteille de champagne.

L’andouillette, le croiriez-vous, est elle aussi notée avec des A, comme un vulgaire État sur cette planète. Mais elle, tenez-vous bien elle est notée AAAAA. Cinq. Vous avez bien lu. Je n’ai pu savoir qu’elle était l’agence de notation qui lui avait décerné une pareille côte, mais c’est impressionnant. Et mérité, du moins à ce que mon expérience andouillétière me permet de juger.

La France a donc bien tort de trembler à l’idée qu’on pourrait lui sucrer un ou plusieurs A. En cas de malheur, même si on les lui supprimait tous, l’Andouillette pourrait toujours lui refiler trois des siens, il lui en resterait encore deux ! C’est pas de la ressource, ça ?

Les Français ne connaissent pas leur bonheur ! Ils peuvent revoter Sarkozy en toute quiétude : l’andouillette sauvera la France des mauvaises notes de l’Étranger !

En Belgique, c’est plutôt en Andouilles qu’on est fournis. Lesquelles essaient de nous préparer un gouvernement fédéral depuis des mois et des mois. Ils n’y arrivent pas.

Le bon peuple ( le peuple est toujours bon) se dit : » Si des gens aussi intelligents n’y arrivent pas, c’est qu’il y a un vrai problème ». Bon peuple, dans ton infinie bonté, as-tu songé que ça pouvait être aussi une bande nuls d’envergure ? Roublards, certes, mais c’est une forme d’intelligence assez suspecte.  Attendons donc qu’on nomme un « technicien » pour résoudre le problème. Et s’il vient de chez Goldman-Sachs, ce sera encore mieux.

Contrairement au bruit qui court selon lequel la Belgique n’aurait pas de gouvernement, on en a cinq qui nous prennent déjà très bien pour des cons : Bruxelles, La Wallonie, La Fédération Wallonie-Bruxelles (trois gouvernements pour deux territoires ! Hein ! Oh ! Ça rigole pas… Aucune bête au monde…), La Germanie (ça ne s’appelle pas vraiment comme ça, mais on cause Allemand sur ce territoire) et La Flandre. (Normalement on dit LES Flandres avec s, parce que des Flandres, il y en a plusieurs. Dès que LA Flandre aura son indépendance, toutes les autres réclameront la leur. Le nationalisme quand ça commence…)

Alors moi, comme vous le savez,  je prépare mon coup en douce. Comme je l’ai annoncé sur une tranche de Camembert précédente, puis sur ma page Fesses de bouc et sur le site de Jiri Pragman, c’est donc très officiel, je m’apprête à créer la République Démocratique, Populaire, Marxiste-Lepeniste, de gauche, ou de droite, ça dépendra des sponsors, de Gouy-Lez-Piétons. D’abord avec cinq (comme l’andouillette) États en ordre de marche, le sixième en voie de nuisance, un septième, en Belgique, ne peut qu’améliorer la situation. Lorsque les Flandres feront sécession entre elles, ça donnera des idées aux Wallonies, (parce que si vous croyez que ça baigne entre Namurois, Liégeois, Carolos, etc.), j’aurais préparé mon petit paradis fiscal patriotique. Oui, oui, je sais, le Sarkozy et le G20 ont dit qu’ils les avaient fait disparaître. Ce qui n’empêche qu’ils se soient jamais aussi bien portés. Y a aucune raison que ça change, puisque, d’accord, le petit fraudeur n’y a plus accès, mais les gros voyous, les banques, et leurs techniciens, comme ils les appellent, oui. Tient, si Al Capone s’était fait appeler « technicien » peut-être qu’il n’aurait pas si mal fini. En ces temps, sans doute, on n’estimait pas le technicien à sa juste valeur.

Al Capone. Mugshot information from Science an...

Al Capone, glorieux ancêtre, certes encore un peu artisanal, du technicien moderne.

Techniciens en pognon et arnaques diverses, faites moi parvenir votre CV, j’ai un plan pour vous. Discrétion garantie.

Comme techniciens officiels, vous bénéficierez de l’immunité diplomatique, pas comme un con de fils de Khadafi. Technicien, c’est neutre. Un technicien, ça fait son boulot, c’est tout. Pas de risques de se retrouver un jour devant le TPI. De plus, on sera, marxisme oblige, mais pas trop, un État social actif, comme disaient les rigolos, genre Tony Blaireau ou Franck Vandenfroc (je ne sais plus comment s’écrit « pantalon » en flamand) et socialistes divergauches. On partagera avec tous les chômeurs qu’on aura fait venir dans notre république, c’est pas ce qui va manquer autour. Mais on va pas les laisser à rien foutre. Ils s’habituent. Puis ils râlent contre les banquiers, les spéculateurs qui en foutent encore moins, mais eux se goinfrent et font la leçon aux autres. On comprend que ça énerve le chômeur ; distribuez des jetons de présence à l’Onem, au Pôle emploi, xétéra, ça motivera l’oisif, contribuera à la paix sociale.

Pas de ça chez nous ! tous au boulot. Notre devise en la matière, inspirée du bon docteur Knock : Le travailleur est un chômeur qui s’ignore. Ça donnera tout de suite l’ambiance. Et on aura des syndicats qui, discrètement leur rappelleront que faire grève, d’accord, mais on touche à rien… Sinon, expulsion du paradis et chomedu sans indemnité dans les États voisins.

Travailler, mais à quoi ? me direz-vous, malins que vous êtes! Mais à compter vos sous. Oui, oui, ceux de votre encore salaire ou de vos allocations diverses, bande de naves ! que via vos banques vous aurez placé dans nos coffres. Nous, après s’être sucrés, on les prêtera, vos sous, à vos États, au taux maximum ! On va se gêner !

Question démocratie, ce sera exemplaire : élections diverses et régulières pour toutes les fonctions de pouvoir civil. Pas financier, naturellement. Ça c’est l’affaire des techniciens, faut pas tout mélanger. Les élus n’auront pas d’autre boulot que d’être élu. Ce sera un métier. De la sorte, ils connaîtront bien leurs dossiers. Il serait plus commode de les élire à vie, ils auraient tout loisir de les approfondir, leurs dossiers, sans perdre leur temps dans le barnum électoral, mais ça ne ferait pas du tout démocratique. En Démocratie, les apparences, c’est fondamental. D’ailleurs, la Démocratie que nous connaissons dans nos aimables contrées n’est-elle pas représentative ? L’élu est donc, on s’en doutait, en représentation. Permanente. Les nôtres s’appliqueront donc, à conserver soigneusement les apparences, de manière à être réélus régulièrement s’ils veulent garder leur boulot. Ça motive l’élu de garder son boulot. C’est humain. Du coup,  il n’est plus trop regardant sur l’application du programme. D’autant, qu’en plus de son salaire, raisonnable, transparent, il touchera nombre de jetons de présence dans toutes sortes de nos entreprises, toutes utiles à la collectivité, ça va de soi.

Pour servir, comme ils disent, la dette, vos États à vous, où vous serez restés si vous n’avez pas émigré à Gouy-lez-Piétons tant qu’il y aura de la place pour les étrangers, vos États, donc, seront obligés de supprimer les services publics qui coûtent tellement cher et sont inefficaces, avec tous ces fonctionnaires. Comme ça, vous pourrez arrêter de les jalouser, les fonctionnaires. C’est pas la belle vie, ça plus de fonctionnaires ? Rien que des employés d’entreprises.

— Papa ! Papa ! Y a le feu à ma chambre ?

— Vite, les pompiers !

« — ( Neuvième de Beethoven, puis) : Bienvenue chez Pompiers Boneuil. Toutes nos lignes sont actuellement occupées. Pour un incendie, tapez 1, un accident de la route, tapez 2. Remplissez votre panier. Mentionnez votre code promotionnel et gagnez une treizième asphyxie gratuite. Toutes nos prestations son payables d’avance.Visa, tapez 1, Paypal, tapez 2 »…

Ceux qui resteront, grâce à nous, vont vraiment entrer dans la modernité.

À Gouy-lez-Piétons, ce sera hypermoderne. Les travailleurs recevront un petit salaire, bien suffisant selon nous, qu’ils pourront dépenser dans nos logements, nos boutiques, nos villages de vacances, tout ça, de manière à ce qu’on puisse récupérer tout le pognon qu’on leur aura donné. Pour gérer nos logements, nos boutiques, tout ça, on aura des indépendants. Tout État bien tenu doit compter sur un certain nombre d’indépendants. C’est rente assurée. Car ces gens-là, c’est pas des feignants. Ils bossent, eux, sans regarder. On les taxe, évidemment. Et plus on les taxe, plus ils triment, sans jamais se décourager. Étonnant, non ? Vous voudriez qu’on s’en passe ?

Bien sûr, ils vont vilipender l’État qui leur prend leurs sous, s’imaginant que c’est pour les donner au tas de feinteurs qui font semblant de travailler. On le leur laissera croire. En réalité, leurs sous serviront à rembourser les emprunts de notre État auprès de nos banques. Privées, bien sûr. Car les États ne peuvent emprunter qu’aux banques privées. Ce qui ne dispensera pas les indépendants de rembourser les prêts généreux que leur auront octroyés nos banques.

Tout de même, ils auront des avantages. Notamment des signes extérieurs d’indépendance. Oui, bien sûr, à Gouy-lez-Piétons, on l’a vu dans la dernière tranche de camembert, pas de 4×4, tous à pied. Ce sera, ne l’oubliez pas, le fondement culturel de notre petite patrie.

Règle intangible : pour être crédible dans la création d’un État indépendant, il ne faut pas aller crier sur les toits « Nous, tout ce qui nous intéresse, c’est de contrôler le bizness sur ce territoire ! » Malheureux ! Ne faites jamais ça. Il faut une revendication culturelle. Religieuse, c’est encore plus porteur de nos jours. Par exemple : « Nous, notre religion, traditionnelle, c’est de mettre des plumes dans le cul des femmes, sans entrave. On veut un État où les plumes dans le cul des femmes seront la règle. Sinon, nous ne pouvons pas vivre notre foi. Cependant, nous appliquerons la règle avec modération, hein ! salope ! » Vous n’allez quand même pas refuser un territoire à des gens qui veulent simplement mettre des plumes dans le cul des femmes, non ? Ça fait de mal à personne.Vous pourrez au besoin compter sur le soutien de Bernard Henri Lévy.

Pour revenir à nos indépendants, pas de 4×4, mais par exemple des supers godasses, avec chromes rutilants autour des trous de lacets, l’ABS dans les semelles pour éviter les mauvaises glissades, l’air conditionné à l’intérieur, parfum automatique et au choix contre la transpi, xétéra. Le top du top : les chaussures en peau de zobi. C’est vachement commode, la peau de zobi. Il suffit de la caresser un peu et hop ! tout de suite elle grandit. C’est superutile pour transporter des marchandises. Un petit coup d’eau froide dessus et rehop ! elle se racrapote. Facile à ranger.

Mais, à part les groles des indépendants, allez-vous dire, tout ce que le Camembert raconte sur le futur État de Gouy-lez-Piétons, c’est déjà comme ça chez nous.

Bravo ! vous avez tout compris. Il ne vous reste plus qu’à créer votre État avant la catastrophe…

Sans compter que si après ça j’ai pas un prix Nobel de Technicien, c’est à désespérer de l’inventeur de la dynamite.

 

Assez ri. Une question sérieuse

Dieu comme vous le savez est Dieu. Mais si on cherche un peu plus loin on ne sait pas ce que c’est vraiment, tant il y a d’explications, variables selon les religions et à l’intérieur des religions. Faudrait peut-être trouver un minimum d’accord, non?

Alfred Jarry, avec son Père Ubu a incontestablement fait progresser la science politique. On sait moins qu’il s’était aussi attaché à essayer à mieux connaitre Dieu. Notamment, pour commencer à y voir clair, de calculer sa surface. C’était un bon début, non ? Hélas, Alfred Jarry mourut très jeune, sans avoir terminé ses travaux. Punition divine ? Non, usage excessif d’absinthe.

Mon problème, c’est que je suis totalement nul en chiffres (et d’autres innombrables domaines). S’il y a des matheux parmi vous, j’aimerai qu’ils me disent si oui ou non les calculs de Jarry tiennent la route. Et puis, ça donnera peut-être des idées à d’autres, qui nous permettront d’en savoir plus sur Dieu autrement que par tel ou tel marginal ayant abusé des herbes, un prophète ainsi que se plaît à les désigner la rumeur publique.

De la surface de Dieu

Dieu est par définition inétendu, mais il nous est permis, pour la clarté de notre énoncé, de lui supposer un nombre quelconque, plus grand que zéro, de dimensions, bien qu’il n’en ait aucune si ces dimensions disparaissent dans les deux membres de nos identités. Nous nous contenterons de deux dimensions, afin qu’on se représente aisément des figures de géométrie plane sur une feuille de papier.

Symboliquement on signifie Dieu par un triangle, mais les trois personnes ne doivent pas en être considérées comme les sommets ni les côtés. Ce sont les trois hauteurs d’un autre triangle équilatéral conscrit au traditionnel. Cette hypothèse est conforme aux révélations d’Anne-Catherine-Emmerich, qui vit la croix (que nous considérons comme symbole du Verbe de Dieu) en forme d’Y et ne l’explique que par cette raison physique, qu’aucun bras de longueur humaine n’eût pu être étendu jusqu’aux clous des branches d’un Tau.

Donc, POSTULAT :

Jusqu’à plus ample informé et pour notre commodité provisoire nous supposons Dieu dans un plan et sous la figure symbolique de trois droites égales, de longueur a, issues d’un même point et faisant entre elles des angles de 120 degrés. C’est de l’espace compris entre elles, ou du triangle obtenu en joignant les trois points les plus éloignés de ces droites, que nous nous proposons de calculer la surface.

Soit x la médiane prolongement d’une des personnes a, 2, y le côté du triangle auquel elle est perpendiculaire, N et P les prolongements de la droite (a + x) dans les deux sens à l’infini.

Nous avons :

x = ∞ - N - a- P

Or

N = ∞ – 0.

et

P = O.

D’où

x = ∞ – (∞-0)- a- 0 = ∞ – ∞ + 0 – a- 0

x = a.

D’autre part, le triangle rectangle dont les côtés sont a, x et y nous donne

a2 = x2 + y2.

Il vient, en substituant à x sa valeur ( – a)

a2 = ( – a)2 + y2 = a2 + y2.

D’où

y2 = a2- a2 = 0

et

y = √0.

Donc la surface du triangle équilatéral qui a pour bissectrices de ses angles les trois droites a sera

S = y (x + a) = √0 (-a+a)

S = 0 √0

COROLLAIRE : À première vue du radical √0 , nous pouvons affirmer que la surface calculée est une ligne au plus ; en second lieu si nous construisons la figure selon les valeurs obtenues pour x et y, nous constatons :

Que la droite 2y, que nous savons maintenant être √0, a son point d’intersection sur une des droites a en sens inverse de notre première hypothèse, puisque x = – a ; et que la base de notre triangle coïncide avec son sommet ;

Que les deux droites a font avec la première des angles petits au moins que 60°, et bien plus ne peuvent rencontrer 2 √0 qu’en coïncidant avec la première droite a.

Ce qui est conforme au dogme de l’équivalence des trois personnes entre elles et à leur somme.

Nous pouvons dire que a est une droite qui joint 0 à et définir Dieu :

DÉFINITION : Dieu est le plus court chemin de zéro à l’infini.

Dans quel sens ? dira-t-on.

- Nous répondrons que Son prénom n’est pas Jules, mais Plus-et-Moins. Et l’on doit dire :

Dieu est le plus court chemin de 0 à , dans un sens ou dans l’autre.

Ce qui est conforme à la croyance aux deux principes ; mais il est plus exact d’attribuer le signe + à celui de la croyance du sujet.

Mais Dieu, étant inétendu, n’est pas une ligne.

- Remarquons en effet que, d’après l’identité

∞ – 0 – a + a + 0 = ∞

La longueur a est nulle, a n’est pas une ligne, mais un point.

Donc, définitivement :

DIEU EST LE POINT TANGENT DE ZÉRO ET DE L’INFINI.

ALFRED JARRY

Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, 1911

Livre VIII, chapitre XLI

!!!! 2, doit être lu comme exposant, mais mon traitement de texte sur Word-press ne le permet pas. (Note de moi.)

C’était le bon temps…

Par l’intermédiaire de Marc Evesque, béni soit ce nom d’une longue lignée de mécréants ardéchois, j’ai retrouvé une partie des numéros de l’Indispensable, Journal nécessaire. Pas tout, hélas. S’il y a parmi vous d’anciens lecteurs, il me manque les n° 1 à 7,12,13,15,16,18,20,31.

Quelques couvertures, pour la nostalgie.

Lors de chute du Mur de Berlin en 89.

Question conjecture, on voyait loin, non ?

Après divers attentats, chrétiens (contre un cinéma à Paris) et islamistes contre un peu tout le monde qui n’est pas barbu, au moins dans sa tête , un peu partout.

Ça n’a pas beaucoup changé, hein !

Ça vous rappelle rien ? C’était papa Bush aux commandes

Et puis, au hasard…

La réunification de l’Allemagne…

Un couvent de carmélites s’était installé à Auschwitz. Elles priaient pour l’âme des morts. Pensez ! Dieu aurait pu les envoyer en enfer…

 

Elles ont fini par s’en aller. Dieu court toujours.

 

Bonjour chez vous, s’il n’y a personne, vérifiez que votre banque n’a pas fait procéder à une saisie abusive.

 

 L’AFFREUX DU CAIRE

5ème épisode

Résumé de l’épisode précédent

Tandis qu’Alphonse de Médeux, à quelques épisodes de là, achève de lire la mystérieuse missive commençant par ces mots sibyllins :

« Saint-Jean d’Acre, le 21 juin de l’an de grâce 1191

À Monseigneur le Très Vénéré Grand Maître de l’Ordre des Tant Pliés… »,

… Basile Dekoch, le célèbre chasseur de francs-maçons, a cru démasquer un de leur crime rituel perpétré en toute impunité comme à l’accoutumée  depuis au moins la construction des pyramides. Mais, caramba ! le mort n’est qu’ivre mort. Néanmoins, la police arrive.

Le commissaire Baukroate, l’as de la Police Judicieuse arriva en trombe sur les lieux du drame, suivi de près par son adjoint l’insphincter Georges Isidore Gérard Nautrehérau, dit GIGN, selon ses initiales. On aime à rire dans la police. Surtout lorsqu’on se complait à l’appeler Gnîîîin. Ce qui l’humilie profondément.

Dans un terrible crissement de freins, la voiture de service dans laquelle, tout à leur excitation de pourchasser le crime, ils avaient oublié de monter, s’arrêta à leur hauteur.

L’agent Bambois, qui la pilotait de main de contremaître, bondit en voltige, haletant :

— Patron ! patron ! bon sang ! quelle allonge ! j’essaie de vous rattraper depuis que vous avez quitté le Quai des Orfèvres-à-la-Saint-Eloi en courant comme un dératé. Vous avez oublié un élément capital dans le début de cette enquête, Monsieur le Commissaire.

— Et quoi donc, Bambois, aurais-je oublié ? haussa-les-sourcils le commissaire, avec cet air hautain qui faisait rentrer dans leur képi ses subalternes.

— Votre pantalon, Monsieur le Commissaire.

— Mon…

D’un coup d’œil expert, le fin limier évalua immédiatement la situation : il était bel et bien en caleçon à fleurs et en fixe-chaussettes.

— Grotesque, Bambois ! Grotesque ! on se croirait au théâtre ! C’est d’un goût…

D’un geste nerveux, il saisit le pantalon que lui tendait le chauffeur.

— Ce n’est pas le mien, Bambois ! feula-t-il. Son teint virait à l’écarlate.

— Ce n’est pas le vôtre ?

— Ch’est le mien ! chuinta l’insphincter Georges Isidore Gérard Nautrehérau, dit GIGN, en se relevant. Il avait pris en pleine gueule la portière de la voiture si précipitamment ouverte par l’agent Bambois. II s’apprêtait à empocher discrètement les quelques dents qu’il avait pu récupérer sur le trottoir, mais les caleçons n’ont pas de poches. Car telle était également la vêture de GIGN. Un caleçon long gris, molletonné, un peu tire-bouchonné, que complétait harmonieusement un tricot de corps à manches longues, de même couleur et de même matière.

— Et vous ne me disiez rien, Gnîîîîîn ! s’emporta le commissaire, alors que vous étiez derrière moi…

— Mais chi, commichaire, je criais même, mais vous ne m’écoutiez pas ! vous n’écoutiez que votre intuichion. Et arrêtez de m’appeler Gnîîîîn ! Ajouta-t-il à voix basse, car il n’était pas très courageux.

Le commissaire, d’un geste ample, porta la main à son front :

-Damned ! Un jour, elle me jouera un méchant tour ! dit-il d’une voix rauque en rôle. Il faut que je la maîtrise ! Il faut que je la maîtrise !

Un peu de sueur perlait à son menton.

GIGN le fixait d’un air soupçonneux.

La zigounette du commissaire, d’abord hésitante, commençait à percer par la fente latérale du caleçon à fleurs, reniflant la trace d’un coupable. La zigounette du commissaire était une fine limière. Tout à coup, elle se redressa, d’un bloc, puis, sans hésitation s’inclina très fortement vers la droite, dodelinant du gland, indiquant très précisément le bâtiment d’en face, où, nous l’avons vu se déroulait une scène de mélanges conjugaux, finalement assez banale.

Le commissaire était maintenant en sueur :

— Bon sang ! Grognagna-t-il… oui… c’est elle ! Oui, Gnîîîîîn !… Elle est là… mon intuition ne se trompe jamais : c’est la foufoune de la philosophe chauve aux gros nichons et au petit cul.

— C’est le contraire, commissaire ! Grinchigna GIGN.

— Qu’importe ! Nous la tenons, Gnîîîîîn !

— C’est la mienne que vous tenez, Commissaire !

Il venait en effet de plonger la main dans le caleçon de son subordonné, qui, rappelons-le à nos lecteurs égarés, était dans le même accoutrement que lui, l’entrainant vigoureusement vers de nouvelles aventures.

— Allons-y ! Vous êtes armé ?

— Autant que vous commissaire, dit GIGN, en attrapant celle de son supérieur.

— Si vous mettiez d’abord vos pantalons, suggéra l’agent Bambois, pratique.

— Vous avez raison, Bambois, dit le commissaire, procéder à une arrestation en caleçon, ça risque d’annuler la procédure.

— C’est pas bientôt fini ce cirque ! Intervint vigoureusement Basile Dekoch ! Vous avez ici un type ivre mort sur la voie publique et parce que c’est un franc-maçon…

—De quoi, de quoi ? Rougna le commissaire.

— Qu’est-ce qui dit, lui ? Bructa GIGN.

— Papiers ! Déclara Bambois, passant les pouces de ses deux mains derrière son ceinturon. Je l’embarque, commissaire ?

— Plutôt deux fois qu’une ! Mettez-moi ça au frais, Bambois, nous nous occuperons de lui au retour de notre périlleuse mission. Tiens ! bonjour, François, ajouta-t-il, apercevant le concierge. Des soucis ?

Ils se serrèrent la main.

Basile Dekoch eut le temps de voir qu’ils se grattouillaient mutuellement le creux de la main, mais il savait que c’était bidon. Le véritable signe de reconnaissance consistait à se frotter le pied droit contre le pied gauche, tout en agitant discrètement le gros orteil dans la chaussette. Il n’eut pas le temps d’observer ce geste, car l’agent Bambois venait de le pousser brutalement dans la voiture qui démarra en trombone. Un facétieux (nous l’avons vu, on aime à rire dans la police) avait coincé une embouchure de trombone dans le pot d’échappement du véhicule, d’où ses démarrages mélodieux.

— Ben, c’est le frangin de ton adjoint, répondit le concierge, désignant C. Notrehéraut, ronflant maintenant à l’unisson, quoiqu’avec une puissance inversement proportionnelle, avec le pot d’échappement de la voiture de police qui s’éloignait.

— Ah oui ! Il est venu payer sa cotisation annuelle… rigola le commissaire. Allez, rentre-le, sinon ça va encore faire jaser. Déjà qu’avec tous ceux qui, pour avoir le plaisir de boire un coup avec le Pape au bar, voudraient que l’Église nous reconnaisse, on a mauvaise presse chez les libres-penseurs, si on laisse trainer nos ivrognes, on va avoir les musulmans sur le dos. Il est joli votre frangin, là ! ricana-t-il à l’usage de son subordonné.

— Oh ! ça va, hein ! répliqua celui-ci, c’est aussi le vôtre, non ?

— Chuuuuuuut ! s’exclamèrent d’un même élan le concierge et le commissaire, l’index en travers de la bouche.

Tandis que le concierge, ou supposé tel, ramenait C. Notrehéraut à l’intérieur, les deux policiers enfilaient leur pantalon, puis, révolver à la main, s’élancèrent, charge furieuse, vers l’immeuble d’en face.

Elle ne dépassa pas le milieu de la rue. Nos deux hommes, l’élan brisé net, venaient de s’effondrer dans un cri de détresse poignant. Les badauds aux fenêtres, malgré l’heure matinale, poussèrent un « Hoooo ! » de désappointement.

— Ce con de Bambois ! Hurlugna le commissaire, il a oublié de nous donner les bretelles de nos pantalons !

La loi de la pesanteur est dure, mais c’est la loi : sans bretelles, un pantalon, ça tombe sur les chevilles, mettant irrémédiablement un terme à l’assaut le plus impétueux.

— Fâcheux contretemps ! Dit GIGN. Elle aura eu le temps de s’échapper.

 

La philosophe chauve aux petits nichons et au gros cul, à moins que ce ne soit le contraire, aura-t-elle eu le temps de s’échapper ? Et pourquoi devrait-elle s’échapper ? C’est ce que nous saurons, si ça se trouve, au cours de notre prochain épisode.

A suivre.

 

 

 

Les bonnes nouvelles continuent

Bonnes nouvelles du prix Nobel.

Il a été attribué, une fois de plus, parmi d’autres humains qui se donnent du mal, à des économistes. N’attendez pas que je vous dise leur nom, je l’ai oublié aussitôt lu, comme celui des Prix Nobel des années précédentes, toutes spécialités confondues.

D’accord, je vous parlais déjà de ces olibrius dans la dernière tranche de Camembert. Mais si on me provoque, je réponds !

À propos de prix et autres colifichets, Anatole France, ça nous rajeunit pas, ayant refusé la Légion d’honneur, Éric Satie, aussi grand compositeur que mauvaise langue, jeta sur l’évènement sa petite giclée de fiel : «  Ce n’est pas le tout de refuser la Légion d’honneur, encore faut-il n’avoir rien fait pour la mériter. »

Le prix Nobel, ceux qui l’ont, c’est exprès, aucun doute. Oui, bien sûr, Jean-Paul Sartre l’a refusé. Qu’avait-il pu bien faire pour le mériter ? Pas La Cause du Peuple, tout de même ?

Quoiqu’il y ait des poussées de fièvre, comme en ce moment, ça fait tout de même un certain temps que la situation économique de la grande majorité des habitants de cette planète n’est pas, pourrait-on dire, optimale.

En Somalie, par exemple, pas besoin de sortir d’HEC, pour, voyant son enfant mourir de faim, en conclure que la conjoncture est mauvaise en ce moment. La merveilleuse science de nos économistes et des écoles de commerce réunies, ne va guère améliorer la situation, et on ne les sent pas en voie de le faire.

Je suis donc un peu étonné de voir que des gens de cet acabit sont félicités publiquement. D’autant plus que, ce n’est pas nouveau non plus, ces brillants matheux, n’arrêtent pas de se contredire, d’inventer des solutions plus foireuses les unes que les autres, d’expliquer l’inexplicable, avec, il faut le reconnaître, un aplomb qui force l’admiration. C’est ça la vraie science de l’économiste : n’importe quoi, mais avec assurance ! Plus des graphiques, pour mettre un peu d’ambiance dans l’aridité du discours.

On va me dire : T’ention : c’est pas les économistes qui pillent le monde, c’est le capitalisme mondialisé. Pas mondialisé, il pille seulement ses nationaux. C’est plus sympa. D’accord, mais qui c’est qui le fait fonctionner le Capitalisme ? Pas les premiers prix de conservatoire, hein ? Ni les détenteurs du permis de conduire (bien sûr, on peut être économiste et avoir son permis de conduire… les autres dans le mur. C’est un peu facile, d’accord), ni les pompiers, ni les… ouais, bon, ça va…

Mais ils ne sont pas sectaires, les économistes. Ils peuvent faire économistes dans n’importe quel système politique. Récemment, en Russie, ils faisaient dans l’économie planifiée. Sans état d’âme. Un réel succès ! ils ont dégouté, certes pas tous seuls, du Marxisme plusieurs générations de pas encore déçus du Socialisme (voir plus loin). Car les économistes, comme d’ailleurs la plupart d’entre nous, sont des gens obéissants, qui font où on leur dit de faire, comme on leur dit de faire.

Oui, oui, bien sûr, il en faut. Parfois, même ils sont utiles pour savoir un peu où on en est de nos petites dépenses. Mais faudrait voir d’arrêter de les considérer comme des sortes de Pythies (laquelle vient en mangeant, comme nous le montre tous les salopards qui se goinfrent), dont les oracles n’engagent que ceux qui y croient (plus, comme il est d’usage, ceux qui se servent de ceux qui y croient). Les recherches montrent qu’elle était complètement shootée la Pythie, à je ne sais quelles émanations émises dans le sous-sol de son temple. Les économistes se shootent au pognon. C’est moderne.

La Russie, tout de même, va encore plus loin dans la modernité ! maintenant, là-bas, plus besoin d’économistes. Avec une simple Kalashnikov, on arrive à faire des prévisions à long terme. Si, en plus, on est copain avec Poutvedev et Medestine, les célèbres duettistes, alors le dividende explose. Si j’ose ainsi dire. Évidemment, faut partager.

Devant cet état de choses, à quand un Prix Nobel de Lecture de l’Avenir dans le Marc de Café ? De Doigt Mouillé ? De Danse du Ventre (devant le buffet) ? De Pluie et de Beau Temps ? D’Agent de Police ?

Pour ma part, je suis partant pour un Prix Nobel de Calembour Foireux. Je ne le refuserais pas si on me l’attribuait, vu le gentil petit paquet de pognon qui va avec (comme retraité on se marre bien, mais c’est pas beaucoup payé), de manière à pouvoir poursuivre mes recherches, bien sûr. C’est pas comme la Légion d’honneur. Qu’est-ce qu’on peut bien chercher avec une Légion d’honneur ? Faut être con, quand même.

Bon, allez, Prix Nobel de Retraité, je veux bien négocier.

Bonnes nouvelles du socialisme

Deux millions et demi et plus de participants nous dit-on ! Et encore, à l’heure où je mets sous presse, on ne sait rien du deuxième tour.

Quel que soit l’heureux zélu socialiste français qui devra pousser Sarkozy aux poubelles de la République, ça nous fait déjà plus de deux millions et demi de futurs déçus du socialisme. Avec Mitterrand, ils n’avaient pas bien compris. Il est possible que ce ne soit pas les mêmes ; le socialisme a vocation de s’étendre. Pour ne pas dire de se ramasser. C’est déjà ça, rien de pire que l’immobilisme.

De François Hobry ou Martine Aulande, une fois le nain de jardin mis au compost, qui c’est-y qui va nous débarrasser des banquiers ?

Ceux qui pensent que ce sont les gars de la Marine, risquent, si ça se passait, de regretter les banquiers.

Faudra se décider à les virer nous-mêmes. Faut tout faire soi-même, ici.

 Dernières bonnes nouvelles du socialisme

Après l’annonce de la fermeture du site sidérurgique d’Arcelor-Mittal à Liège, Jean-Claude Marcourt, ministre de je ne sais quoi (ça n’a aucune importance, il pourrait être ministre d’autre chose) à la Région Wallonne, monte au créneau durement, sans mâcher ses mots. Il dit ça sur sa page Fesses de Bouc du 13 octobre : « S’ils ne cèdent pas l’outil alors que nous avons un repreneur, nous exigerons le démantèlement, la remise en état et la dépollution du site, ce qui leur coûtera cher ; ils ne laisseront pas un chancre industriel au milieu de Seraing. » Et paf ! Mittal, prends ça dans ta gueule d’enfoiré ! On rigole plus !

Sûr qu’il vient d’en faire dans culotte, le Mittal, tellement la menace à des chances d’être mise à exécution.

Évidemment, si on trouve pas de repreneur, ce qui est raisonnablement prévisible, on laissera le chancre industriel au milieu de Seraing. Parce que la Région Wallonne n’aura pas les moyens de dépolluer, ça lui coûterait trop cher. Comme ça, les ex-sidérurgistes pourront glander (ça glande, les chômeurs, au lieu de travailler) au milieu d’une poubelle bien pourrie (notez que ce n’est pas depuis que Mittal a fermé boutique qu’elle est bien pourrie. Ça fait même un certain temps que le travailleur y vaque dans le pourri, mais il ne fallait pas le dire, pour protéger l’emploi. Nous devons protéger l’emploi, il est utile). Et puis, le chômeur désœuvré par nature, mais non résigné, trouvera bien, de temps en temps, en fouillant parmi les détritus et les rats, un morceau d’acier par-ci par-là, qu’il pourra revendre, en noir, ça améliorera l’ordinaire. De toute manière, le nombre de cancers ne va pas manquer de croitre, ce qui raccourcira les souffrances de tous ces malheureux.

En Belgique aussi, le Socialisme est porteur d’espoir.

Bonnes nouvelles de l’Indispensable, Journal nécessaire

Suite à mes larmes lors de la dernière tranche de Camembert, au sujet de la perte de toute la collection, un des anciens collaborateurs de cette aimable gazette (un dessinateur épatant, mais feignant, le salaud ! Vous croiriez qu’il m’enverrait des dessins pour le Camembert ?…tssss !) enfin, bon, il m’a dit avoir retrouvé quelques numéros (et même plus), au fond de sa cave et qu’il me les envoyait. Du coup, ça m’a tellement fait plaisir que j’ai presque oublié qu’on allait bientôt avoir encore un gouvernement fédéral. Comme si tous les précédents n’avaient pas suffi. Ne parlons pas des régionaux. En Belgique, question gouvernements, on manque de rien. Faut pas se fier aux rumeurs.

Alors voilà, si vous êtes un ancien lecteur de L’indispensable, Journal nécessaire, que vous êtes peu ou prou collectionneur, ou que vous n’avez pas vidé depuis longtemps votre cave, votre grenier, votre bibliothèque, vos armoires, votre corbeille à papier, votre vieux frigo, sous la table de la cuisine, bref, toutes ces sortes d’endroits où l’on range les journaux, c’est le moment d’aller y voir. Si vous retrouvez, dans tout ce bordel, d’anciens numéros de L’Indispensable, Journal nécessaire (quoiqu’actuellement, forcément, il n’y en ait pas d’autres qu’anciens), contactez-moi. le.camembert.qui.grinche@gmail.com

Bonnes nouvelles du copinage

Marianne Sluzny vient de publier un nouveau roman.

— Et qu’est-ce qu’y dit ? Comme se disent, entre camarades, tout en entamant les hors-d’oeuvre, les affamés qui décernent le Prix Goncourt. (Bouffer à sa faim au moins une fois par an, pour un écrivain ça vaut le coup d’être membre d’une académie.)

— Ca :

« Ivre de douleur parce que son amie vient de le quitter, Thomas, un jeune cinéaste velléitaire traîne dans les rues de Bruxelles. Après de longues heures d’errance, il rentre dans son appartement dévasté par le transbordement des affaires de Rivka. Quel gâchis ! Tout cela parce qu’après deux ans de vie commune, elle s’obstinait à refuser de le présenter à ses parents, des juifs orthodoxes qui n’auraient jamais accepté que leur fille vive avec un « goï »…

Écroulé dans un coin du salon, le jeune homme aperçoit un coffre que sa bien-aimée n’a pas su charger dans sa voiture. C’est le coffre des Kovalsky qui renferme la mémoire d’une des branches du clan de Rivka, en particulier celle de Meier, un aïeul, né en 1880 à Siedlice, bourgade polonaise sous occupation tsariste.

En découvrant dans le meuble, une série de cahiers qui évoquent la vie tumultueuse de cet homme, éternel exilé, infatigable révolté, marqué par la pendaison de son frère Saul lors de la répression cosaque du dimanche rouge de 1905 à Saint Petersburg, Thomas comprend qu’il est entré en contact avec une aventure humaine qui pourrait transformer sa vie en destin… »

Marianne Sluszny vit à Bruxelles et travaille depuis près de trente ans à la RTBF (Radio Télévision de la Communauté française de Belgique) comme productrice d’émissions, de documentaires culturels et historiques. Elle est professeure de philosophie à l’École nationale supérieure des arts visuels de la Cambre après avoir enseigné à L’Institut national supérieur des arts de la Scène (INSAS).

Après « Toi, Cécile Kovalsky », paru aux Éditions de La Différence en 2005, roman pour lequel elle a obtenu le prix de la première œuvre de la Communauté française de Belgique et le prix Lucien Malpertuis de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, « Le frère du pendu » est son deuxième roman.

C’était la quatrième de couverture.

Copinage dans le copinage : ils l’ont sûrement chez Tapage. (Même en ligne : http://www.tapageweb.be/)

Bonnes nouvelles de l’Affreux du Caire

T’inquiètes, Maurice ! L’épisode suivant est en route.

 Bonjour chez vous, s’il n’y a personne, c’est peut-être une bonne nouvelle.

Bonnes nouvelles de nos amis les cons.(Nème épisode)

J’ai inauguré cette chronique il doit bien y avoir plus d’une trentaine d’années, lorsque j’étais directeur, rédacteur en chef, sous-chef, obscur et sans grade, plus diverses activités de petite main (plus celles d’une main normale, quelquefois assistée, c’est plus convivial), du mensuel « L’indispensable, journal nécessaire », qui tirait dans les 300 exemplaires.

Aux environs de trente numéros, atteint de lassitude éditoriale, doutant de mon sens inné de la conservation, j’eus la bonne idée de protéger ce chef-d’oeuvre en péril en confiant les originaux au Mundanéum, à Mons, haut lieu (avant que ses restes ne soient transférés dans cette aimable ville) de la mémoire anarchiste.

Réussite totale : ils me les ont perdus ! Disparu pour toujours, « L’indispensable, journal nécessaire » !

Ce pourrait être, m’a-t-on dit, mais rien ne m’oblige à le croire, le documentaliste en charge des collections libertaires, qui, au mépris des consignes, aurait emporté tout ça chez lui, pour une lecture plus épanouie. Et puis, pas de pot, y a eu le feu ! Pffffuuiiitt ! En fumée « L’indispensable, journal nécessaire » ! Certes, c’était parfois un brûlot, mais ça m’étonnerais qu’il ait prit feu spontanément.

Le documentaliste, je ne sais pas. S’il est parti sans mon journal, peut-être qu’on m’a servi cette calembredaine sachant qu’il ne pourrait pas démentir…

Bon, pour un journal anarchiste, c’est pas une fin ignominieuse, mais quand même.

La prochaine fois, je choisirai des institutions plus traditionnelles, comme la Bibliothèque Nationale, pour protéger mes écrits subversifs. C’est avec des mésaventures de cet ordre que des esprits mal aguerris passent à l’ennemi. Encore que je ne considère nullement la Bibliothèque nationale comme une ennemie, tant s’en faut.

La première publication de cette rubrique portait sur une décision du bourgmestre d’Anderlecht, de faire abattre les arbres d’une rue (à Bruxelles, faire abattre les arbres donne une certaine visibilité aux élus du peuple professionnels, alors ils en usent et, on s’en doute, abusent), parce que les riverains se plaignaient des petits oiseaux. Ils chiaient sur leurs voitures. Et le caca d’oiseau, c’est vrai, est parfois assez corrosif. Mais surtout, chier sur ce prolongement, que dis-je ? La vitrine de l’identité de l’être humain, que dis-je ? La preuve de son existence dans l’espace public : sa bagnole, l’outrage méritait, au moins, la mort. Et le représentant élu des trouducs voteux se devait d’agir s’il voulait être réélu, par les mêmes. La solidarité entre Trouducs n’est pas un vain mot. Le bulletin de vote, comme l’argent, n’a pas d’odeur.

Toutefois, si le bourgmestre avait décidé de faire abattre les oiseaux, il y aurait eu, dans ce geste immonde, une certaine logique punitive. Mais les arbres… Ça chie pas les arbres…

Tout ça pour vous dire que les cons, ça existait déjà il y a trente ans. Si, si… jeunes gens, ne croyez pas que ça vient juste de vous tomber dessus. Et c’est pas fini. Je vous plaints. Moi, heureusement, ça se tire…

Donc, ils sont toujours là, comme incrustés. Ce qu’il y a de bien, tout de même, avec les cons, c’est qu’ils sont une source inépuisable d’innovations résolument surprenantes. Quelques fois on se dit : « Bon, là, ça y est, on a touché le fond ». Eh bien non ! Le fond de la connerie n’existe pas. L’exemple livré ci-dessous n’est nullement une borne. C’est une simple étape.

Voici ce qu’écrit un certain Étienne Chouard sur son site.

Chouard est de la mouvance complotiste, c’est à dire qui voit des complots partout, comme d’autres voyaient des nains. Et comme il fallait s’y attendre :

D’une certaine façon, le discret maître des banquiers, Rothschild à besoin de l’antisémitisme pour rester intouchable, impuni. Il a objectivement un intérêt personnel puissant à ce que l’antisémitisme soit virulent un peu partout dans le monde. Ce besoin de l’antisémistisme-comme-armure-ant-critiques pourrait expliquer (mais alors si c’est vrai, quel cynisme !) les montagnes d’argent mises au service de la politique (objectivement détestable) d’Israël.

Certes, je pense aussi que la politique de l’État d’Israël est détestable et même pire.

D’un autre côté, juifs, tous les banquiers le sont, bien entendu. Ceux qui n’ont pas des noms juifs portent des faux noms. Voici, grâce à l’anecdote suivante, comment ils s’y prennent :

Un juif se présente à l’état civil de sa commune et demande (avec l’accent yiddish de rigueur) à changer de nom.

— Bien, dit l’employé. Quel est votre nom actuel ?

— Bloemenstein.

— Comment désirez-vous vous appeler ?

­— Dipont. (Dupont)

— Oui, je comprends…

Les formalités sont accomplies. Six mois plus tard, le nouveau Dupont vient retirer ses nouveaux papiers, auprès du même employé. Dès qu’il les a, il déclare qu’il veut à nouveau changer de nom.

L’employé lui fait remarquer que c’est possible, mais que, deux fois de suite, ça va coûter très cher.

Dupont n’y voit pas d’inconvénient. (Tous les juifs ne sont pas riches, mais, comme chacun sait, Rotschild leur ouvre ses coffres dès qu’ils ont besoin d’argent. Ces gens savent se tenir les coudes).

— Et comment voulez-vous vous appeler maintenant ?

— Dirand. (Durand)

— Pardon ?

— Dirand.

— Bien, dit l’employé, comme vous voulez, mais j’avoue que je ne comprends pas bien…. Vous pourriez m’expliquer ?

— Vi, vi, dit le futur Durand. Quand on demandera la nom’ de moi, je dis : Dirand. Et quand on me dit ! Ah vi, vi ! bien sîr, bien sîr !!! Et comment vous l’appelez vous, avant, hein ? Hein ? Je la réponds : Dipont.

Nos amis conspirationnistes ont maintenant une piste sérieuse pour démasquer les banquiers juifs cachés sous d’inoffensifs patronymes.

Ce point éclairci, on ne manquera pas d’être surpris, voire plus, à l’idée que les banquiers juifs (et leurs amis innombrables) encouragent l’antisémitisme. (Peut-être même l’ont-ils inventé ?) Car, du coup, les antisémites avérés, objectivement (toujours utiliser le terme « objectivement » pour stigmatiser l’adversaire, ça fait beaucoup plus scientifique) encouragent le judaïsme.

Y en a qui vont mal dormir !

L’étape suivante, en bonne logique, sera, pour en finir avec l’antisémitisme, honte de l’humanité, de supprimer les juifs. On a déjà essayé, je sais. Mais comme il y avait plein de juifs sur ce coup-là, fallait s’y attendre, malins comme ils sont, ils ont tout fait foirer.

Arrivés là, vous vous dites : « Bon, ça va, j’ai ma dose de connerie pour la journée ».

Ah ! mais c’est que je ne vais pas vous lâcher comme ça…

Le nommé Antony Sutton, par exemple. Essayiste, économiste et historien anglais, vaut bien de vous retenir encore une minute.

D’après lui, c’est Wall Street qui as créé L’URSS ! Je cite le site (hu ! Hu !) « conspis hors de nos villes * » « L’URSS est une création de Wall Street visant à transformer la Russie, concurrent potentiel à la puissance américaine, en « marché captif et colonie technologique qui puisse être exploitée par les financiers américains haut placés et les entreprises placées sous leur contrôle ». Pour lui, tant Hitler que Roosevelt étaient aussi des créations de Wall Street visant à instituer un « socialisme corporatiste » au service des grandes entreprises. »

Pas mal, hein ? Mais un peu faiblard. Ça voudrait dire que Wall Street s’est planté, puisque l’URSS est partie en fumée. Comme L’Indispensable, journal nécessaire.

Pas sur, les amis, pas sur ! Seuls des esprits superficiels pensent que Wall Street peut se planter. Les esprits éclairés savent que Wall Street ne se plante jamais ! S’il arrive à cette officine marxiste de perdre une bataille, elle n’a jamais perdu une guerre !

Officine marxiste, Wall Street ? Rhôôôôôôôô lui ! Je le prouve : que dit Marx ? Que de crise en crise, le capitalisme finira par imploser (ou exploser, ça dépend de quelle tendance marxiste on est. Je ne vous en dis pas plus, c’est très très compliqué les questions de tendance chez les marxistes. Chez les Anars aussi. Moi, je suis tendance « La-chanson-de-Léo-Ferré- Les-Anarchistes-m’emmerde ». La tendance « Pauv’con » me méprise. Mais je le lui rends bien, quand il m’arrive d’y penser.) Bon. Et donc, il laissera place à quoi le Capitalisme quand il aura ex-implosé ? Au Communisme, évidemment, quoi d’autre, hein ?

Or, que font les néo-libéraux de Wall Street ? Ils produisent crise sur crise !

Si vous ne vous en êtes pas encore aperçu, va quand même falloir vous décider à lire autre chose qu’Amélie Nothomb. Et cesser de rêver : des gens aussi instruits, aussi intelligents, formés par les plus grandes écoles de commerce, avec encore plus de diplômes qu’un général soviétique n’avait de médailles, ne produisent pas crise sur crise par hasard, ou par incompétence, ne soyons pas naïfs. Et voilà la vérité : Wall Street est toujours aux mains des cocos qui attendent leur heure ! Cette fois, ça prend le chemin d’être la bonne.

Ne parlons pas du CAC 40, repaire de bolcheviques.

* j’ai pas le goût de la conspi, mais les sites tenus par des gens qui refusent de dire qui ils sont, ça m’énerve un peu.

 

Tout ça pour ça !

Le résultat des négos entre flaphones et francomands à propos de BHV (non, amis français, il ne s’agit pas d’un philosophe local) laisse l’amateur de plaisanteries fines un peu sur sa faim. Mais, heureusement, la solution trouvée permet à chacun d’interpréter l’accord selon ses penchants, c’est donc pas fini. Forcément ! Sinon, des tas d’élus du peuple professionnels perdraient leur boulot.

À nos amis martiens qui ne comprendraient pas bien les enjeux de la dispute, je conseille la lecture, ou plutôt la relecture, car nos amis martiens, lorsqu’ils visitent des planètes étrangères, ne manquent pas de s’imprégner d’abord de leur culture ; s’ils intègrent assez bien la culture et les mœurs humaines en général, la Belgique, en revanche, est pour eux source d’égarement. Ils consultent frénétiquement les dictionnaires, les ouvrages de psychologie, l’œuvre complète de José Happart, etc. en vain. Je leur conseille donc, disais-je, la relecture des « Guerres Picrocholines » de ce bon Monsieur Rabelais. Ca leur donnera idée de ce dont il retourne. Quoique…

Il est donc question de faire péter le pays, à cause de ce truc, BHV (Bruxelles, Halle, Vilvorde), à peu près incompréhensible, sinon pour les pros. Pour le Pleu-pleu belge moyen, préoccupé d’un tas d’autres choses assez mesquines (son boulot, ou le chômedu, les fins de mois, les gosses qui ratent leurs études, etc.) c’est aussi difficile à suivre que pour les martiens, il faut bien le dire. Mais ils sont habitués. Heureusement qu’il y a des gens compétents pour créer des problèmes, sinon on se demande comment on vivrait.

Personnellement, la disparition d’un état, comme disait Chirac sur un autre sujet, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Si ça arrivait, on se retrouverait dans un autre. Avec les mêmes. Quel serait l’intérêt ? Quoique, pour justifier leurs émoluments, les nouveaux parlementeurs élus par les voteurs pourraient fomenter un truc assez distrayant à Gouy-lez-Piétons.

Je dis ça, je dis rien.

— Quoi, Gouy-lez-Piétons ? Qu’est-ce qu’il y a à Gouy-lez-Piétons ?

Eh bien ! Voilà :
Comme son nom l’indique, l’entité communale de Gouy est le pays des Piétons. Des gens qui vont à pied, quoi. Une partie de la population, soucieuse de la pureté de ses racines et de ses traditions immémoriales, veut virer TOUS les véhicules, quels qu’ils soient, de son environnement : voitures, vélos, scooters, mobylettes, attelages hippomobiles, bovinomobiles. Tout le monde à pieds ! Seules les charrettes à bras seront autorisées. L’équilibre psychologique du Gouy-Pietonnier (c’est le nom de l’autochtone), la foi dans sa culture et le culte de ses origines exceptionnelles, exacerbé par des siècles de tentative de domination des véhicules, sont à ce prix. On ne plaisante pas avec ces choses là.

Évidemment, une partie de la population, corrompue par les apports étrangers, hostile aux coutumes, et traditions piétonnières, ne veut pas entendre parler de ce projet. Le gouvernement de l’URSW ( Union des Républiques socialistes wallonnes*) y est évidemment hostile, car ce serait une atteinte insupportable au droit de l’homme d’avoir des pneus : la voiture est le prolongement naturel, ontologique, d’un individu, le deus ex machina de sa liberté. L’automobilâtre ne rigole pas avec la notion de liberté. C’est son droit de circuler librement où bon lui semble, surtout dans les embouteillages, ou encastré sous un camion.

Mais voilà les Gouy-Piétonniers de souche pure, n’ont nullement l’intention de s’en laisser compter, c’est un peuple fier. Ils iront jusqu’au bout. La sécession ne leur fait pas peur !

J’adhère totalement, séduit par l’indomptable courage de ces populations farouches. Je suis, résolument, pour l’autodétermination des Piétons. J’ai déjà, il y a quelques jours sur Fesses-de-Bouc, proposé ma candidature au poste de ministre de l’Économie de la République populaire démocratique et Libérale de Gouy-lez-Piétons. J’ai annoncé la couleur : je ne connais rien en économie, ce qui me donne une approche parfaitement objective de la question, je ne trompe pas l’électeur, moi. Toutefois, je sais faire une addition, une soustraction, une division et une multiplication, pas en même temps, j’avoue ; en calcul mental, je me débrouille pas trop mal, malgré mon grand âge. Voilà un net avantage sur les économistes de métier qui, avec des équations dont je n’ose même pas vous dire les noms tellement ils sont compliqués, malgré des ordinateurs ultrasophistiqués lorsqu’eux-mêmes n’y arrivent plus, ont conduit les nations au désastre que nous connaissons.

Piétonnes, Piétons, je vous ai compris !

Bonjour chez vous. S’il n’y a personne, passez à ma permanence.

* Union des Républiques socialistes wallonnes, créée après l’éclatement de la Belgique ; se compose des républiques de Charleroi, Namur et Mons. La république de Liège a un statut d’associé, sa demande de rattachement à la France n’ayant pas abouti.

 

L’Affreux du Caire

4ème épisode.

Résumé du chapitre précédent

Franchement, l’auteur ne voit pas très bien quoi résumer, tant il ne se passait rien dans le chapitre précédent. C’est peut être pour ça qu’il était le 3ème pour la 2ème fois. Revenons au début de ce récit haletant et à la mort de de C. Notrehéraut, mort, à l’aube, d’un furieux coup de porte et achevé d’une roue de vélo malfaisante par un facteur irascible.

 

L’aube, aux doigts cachés dans un gant de boxe de fée, était, depuis un certain temps, assez mécontente de se lever sur le désastre de cette planète à l’agonie. Les nappes de pétrole, en gigantesques plaques nauséabondes, défiguraient les flots, autrefois bleus, des océans; la fumée noire des incendies dus à la déforestation faisait la nique aux cumulonimbus ; les villes, les villages, tels un incurable un exéma, mangeaient les terres; les émanations incessantes des machines à produire des déchets fumants, pour ceux qui étaient visibles, ne parlons pas des autres, empuantissaient jusqu’à la stratosphère. On peut comprendre qu’un tel spectacle puisse mettre de mauvaise humeur la mieux disposée des aubes. C’est pourquoi elle céda, sans regret, la place à l’aurore. L’aurore avait un peu plus l’habitude du genre humain. A cette heure un plus grand nombre d’entre eux s’agitait déjà. Elle avait donc une opinion plus tranchée que sa collègue sur cette espèce qui salopait tout. Sans l’ombre d’un remord, elle céda la place au jour. Lequel savait que l’affaire était pliée. Le cancer était en phase terminale.

Pendant le cancer, la vente continuait.

La mort tragique de C. Notrehéraut, au premier épisode, n’avait en rien échappé à Basile Decock.

Ce personnage se présentait sous un aspect fluet, souffreteux. Son médecin, qu’il consultait souvent, pouvait lui faire des radiographies avec une simple lampe de poche, tant il était maigre. Journaliste en quête du scoop qui lui permettrait de nourrir, enfin décemment, sa veuve et ses orphelins, il planquait jour et nuit dans un obscur recoin de l’immeuble à l’intérieur duquel, au bas de l’escalier, Alphonse de Médeux, nous l’avons vu, lisait son étrange missive. Depuis cette encoignure, Basile Decock avait une vue imprenable, quoique personne ne songeât à la lui disputer, sur la bâtisse imposante où se réunissaient les francs-maçons, bien qu’elle soit secrète et connue d’eux seuls, encore que l’adresse en figurât dans tous les annuaires bien tenus.

Basile jubilait intérieurement à l’idée de tout le bénéfice qu’il allait tirer de cette nouvelle sulfureuse : il avait assisté, en direct, à la mort d’un franc-maçon. C’était bien la première fois qu’il y avait un témoin de l’un de ces assassinats qu’ils pratiquaient depuis la nuit des temps, sans que jamais on eût retrouvé un corps ou que quiconque ait osé signaler la disparition de la victime.

Basile Decock, depuis des décennies, traquait le secret des francs-maçons. Le sujet, en apparence, n’était pas trop difficile à traiter, puisque personne ne savait rien d’eux. Il suffisait d’avoir de l’imagination pour pondre de savants articles dont personne, évidemment, n’était à même de vérifier le sérieux. Il faut dire, à la décharge de Basile Decock, que les lecteurs s’intéressant à ce genre de fariboles ne se souciaient nullement de vérité, ils demandaient seulement d’être confortés dans leurs croyances.

Soulignons tout de même la conscience professionnelle de ce journaliste. En effet, plutôt que de passer des nuits en planque sur le terrain, il aurait pu se contenter, comme beaucoup, de rester dans son lit, puis de recopier, en l’arrangeant tout même pour que ça ne se voie pas trop, l’article d’un collègue, publié l’été précédent (ce genre de nouvelle fleurit surtout en été), cet article étant lui-même une resucée de ce qu’un autre plumitif en période estivale avait déjà tartiné.

L’information est une longue chaîne de copistes.

Tout de même, depuis le temps qu’il investiguait dans cette importante affaire, Basile était arrivé à des conclusions vertigineuses. Naturellement, il manquait encore de preuves, car les bougres en matière de dissimulation avaient atteint des sommets. Néanmoins, le faisceau de présomptions (les présomptions se présentent toujours sous forme de faisceau) à sa disposition lui avait permis d’étayer solidement son opinion.
Par exemple, la « communication » à laquelle, depuis quelques années, se livraient les obédiences maçonniques était pour lui, spécialiste de la question, de la poudre aux yeux, un escamotage astucieux de la réalité. Les soi-disant Grands-Maîtres ou grands ceci ou cela (en maçonnerie, on est grand ou rien), complaisamment présentés au public, n’étaient que des figurants servant à cacher les vrais. Même là-dessus, Basile savait à quoi s’en tenir : Ces « vrais », étaient des comparses en cachant d’autres, eux-mêmes bien à l’abri derrière d’habiles comédiens. Et ainsi de suite, comme une poupée russe. Une poupée russe qu’on démonterait après avoir sévèrement abusé de la vodka.

Basile en était dorénavant certain : la Franc-Maçonnerie, en tant que telle, n’existait pas. C’était un leurre servant à cacher une autre société, bien secrète celle-là. Mais l’audacieux journaliste ne se laissait pas rouler dans la farine ! Cette société secrète n’était probablement qu’un artifice destiné à en cacher une autre, dont il faudrait vérifier qu’elle-même ne camouflait pas autre chose.

Et il imaginait, avec une certaine jouissance, l’effet fracassant qu’allait causer sa première révélation: La Vache qui rit était un message maçonnique ! Évidemment, restait à le décrypter.

Quel terrifiant secret maçonnique se cache derrière cet innocent logo ?

Chercheur de secrets maçonniques, on le voit, c’est un métier difficile, prenant, même.

En tout état de cause, Basile Decock avait assisté en direct à la mort de C. Notrehéraut : trois méchants coups d’une porte dérobée. Dérobée à l’Opus Dei, Basile était sûr de l’avoir déjà vue au siège de la mystérieuse officine, elle-même infestée de francs-maçons ; ils sont partout.

Rejetant calmement le conglomérat de feuilles de journaux dans lequel il se camouflait,  il quitta sa planque à pas de loup. Il traversa la rue déserte, après avoir scruté attentivement l’asphalte de droite et de gauche, une mauvaise surprise est vite arrivée. Il s’approcha du cadavre au costume souillé de traces de pneus de vélo. Il se penchait sur lui lorsqu’une voix, dans son dos, le fit sursauter :

— Bonjour, bonjour, bonjour ! Disait-on d’un air enjoué.

Basile sursauta, comme piqué dans un grand magasin. Accoutumé à la maîtrise de ses nerfs, il réfréna élégamment un mouvement de surprise.

— Heu… bonjour Monsieur. Qui êtes-vous ? Dit-il, d’une voix de contre-alto fourvoyée dans une mauvaise tessiture; mais comme si de rien n’était, comme s’il n’avait pas remarqué que son interlocuteur lui avait par trois fois dit bonjour. Trois fois, hein… ça ne trompait pas un vieux briscard comme lui.

— Moi ? Je suis le concierge du bâtiment, un petit gros, souriant. Pas chaud, ce matin, hein ? ajouta-t-il, frottant ses mains l’une contre l’autre dans le but de les réchauffer, à cause du réchauffement climatique insuffisant.

— Tu parles ! Songea, à part lui, Basile. C’est sûrement le Grand Maître ou quelque chose comme ça. Qui irait le soupçonner derrière ce déguisement de concierge ? Ne nous laissons pas impressionner… C’est ça, dit-il d’un ton où perçait une raillerie féroce, et moi je suis le Grand Architecte de l’Univers.

L’homme ne se démonta pas :

— Oh ! dit-il tranquillement, ça peut arriver à tout le monde ! deux aspirines et ça passe, vous verrez… Vous ne seriez pas plutôt Basile Decock, le célèbre journaliste ? Je me trompe ?

Basile accusa le coup, mais rapidement admit que c’était normal : ils savent tout. Et puis, célèbre… C’était difficile à cacher.

— Eh ! bien, dit-il, avec une terrible ironie dans l’œil gauche, vous êtes bien renseigné !

— C’est pas difficile, dit l’homme, débonnaire. Depuis le temps que vous planquez dans ce recoin, vous pensez bien qu’on a fini par vous repérer ! Vous êtes devenu célèbre chez nous ! Je dois bien vous dire que tout le monde est impressionné par votre persévérance ; certains d’entre nous vont jusqu’à s’inquiéter de votre santé. Vous n’allez pas me croire : même vos collègues journalistes !

— Quoi ! Sursauta à part lui Basile, des journalistes francs-maçons… Ça… j’aurais jamais cru… Hum… c’est sûrement de l’intoxication. Restons sur nos gardes :

— Ah oui ! Railla-t-il, comme il savait si bien le faire dans les situations périlleuses, des journalistes ici ? Et comment expliquez-vous que je n’en ai jamais vu entrer aucun ?

Il y avait dans l’intonation un accent de triomphe. Modeste, mais de triomphe. Il ne déstabilisa pas pour autant son redoutable interlocuteur :

— Mais, répondit celui-ci, du tac au tac,  parce que vous surveillez la porte de service ! L’entrée principale est de l’autre côté du bâtiment !

— Je sais, dit Basile. Je sais. Mais à moi, on ne me la fait pas ! Comme si les vrais francs-maçons allaient entrer tout simplement par la porte principale et se faire remarquer par le premier passant venu ! Vous me prenez pour qui ?

Celui qu’il nous faut bien continuer à nommer concierge, sorti un paquet de tabac de la poche de sa blouse bleue et entreprit de se rouler une cigarette :

— Vous n’avez pas dû en voir beaucoup entrer et sortir de ce côté-ci, dit-il, parce qu’à part les fournisseurs…

— Justement ! justement ! Ils ont cessé de m’abuser vos soi-disant fournisseurs.

Basile reprenait le dessus. Il en avait l’habitude, surtout lorsque planait l’ombre du danger.

— Bon. Et alors, celui-là, enchaîna-t-il d’un ton péremptoire.

Du menton, il désignait le cadavre :

— Encore un meurtre rituel, évidemment…

— Meurtre rituel ! Comme vous y allez ! Rigola le concierge.

Tout en pouffant, il colla le papier de sa clope d’un coup de langue habile.

— Ça vous fait rire ? Persifla Basile.

— Ben, plutôt, oui, parce que lui, c’est…

— C’est qui ? Ne me dites pas que vous ne le connaissez pas ! Je l’ai vu sortir…

— Mais oui, je le connais, bien sûr ! C. Notrehéraut. Membre de la loge « Les Trois petits cochons ». Actuellement au grade d’Emballage Kadosh, 50e degré du Rite de l’Eau Bouillante, lequel, précisément, en comporte 100. À ce grade, le Maçon est vaporisé. Ce n’est pas encore arrivé, mais on ne désespère pas.

— N’essayez pas de noyer le poisson ! Vous parlez à la presse. Quatrième pouvoir, je vous le rappelle !

— Vous ne seriez pas le beau-frère de Casse-couilles, vous, par hasard? Ronchonna le concierge.

— Ah ! Je vous en prie, hein ! Pas de grossièreté ! n’essayez de vous faire passer pour ce que vous n’êtes pas… Alors… il est mort comment ?

— Mais il n’est pas mort ! Allons ! Voyez ! il est complètement bourré…

De fait, en tendant l’oreille on pouvait percevoir un léger ronflement émanant du corps allongé sur le trottoir.

— Qu’est-ce à dire ! S’exclama Basile…

— Caisse à rire, oui ! dit le concierge. C’est sa spécialité à ce frangin ! Il ne vient en loge qu’une fois par an, juste pour se mettre en ordre de cotisation. Il est tellement heureux de retrouver ses frères, qu’il paye tournée sur tournée, dépense tout l’argent de sa cotisation et finit généralement sur le trottoir, au petit matin où les flics le ramassent. D’ailleurs, je crois qu’ils arrivent…

Pendant ces tragiques événements, dans la maison d’en face, Alphonse de Médeux, achevait de lire la mystérieuse missive commençant par ces mots sibyllins :

Saint-Jean d’Acre, le 21 juin de l’an de grâce 1191

À Monseigneur le Très Vénéré Grand Maître de l’Ordre des Tant Pliés…

Mais, chut ! Voilà la police….

À suivre.

 

 

Faits d’été divers…

Nous avons beaucoup frissonné cet été, notamment à cause des températures de la planète. Elle se réchauffe en ayant l’air de donner raison aux Amérikkkains qui pensent qu’il n’y a que des athées pour affirmer des choses pareilles. On pourrait comprendre que la Terre réchauffe les mécréants afin qu’ils aient un avant-goût de l’enfer, mais le Seigneur ne ferait pas un coup pareil aux croyants qui vont-à-l’office et votent républicain ou pire.

Quoiqu’une vague de chaleur, pas piquée des thermomètres, en ait éliminé pas mal, d’Amérikkkains. Malheureusement pas toujours ceux qu’on aimerait bien voir disparaître. (On peut-être parfaitement pacifiste et ne pas manquer une occasion de se réjouir). Tel que ça se présente, si un Républicain gagne les élections, on va regretter Bush.

Nous avons aussi assisté à diverses péripéties plus humaines. Elles nous ont procuré, juste avant la sieste, un bon petit frisson ; elle en était que meilleure.

Par exemple : DSK, s’est-il, oui ou non, fait faire une pipe dans une bouche fermée ? La pipe musée… (Muser : chanter à bouche fermée.)

Oui, le musée de la pipe, évidemment, là, on ne peut pas ne pas y penser. Jan Bucquoy pourrait peut-être envisager une annexe à son Musée du slip.

On a quand même pu voir à quoi ressemblait la violée (peut-être des narines ou des oreilles, allez savoir, c’est pervers les maîtres du monde). Elle allait enfin toucher la gloire internationale, mais, pas de pot, elle s’est mise en vente médiatique, avec photos et tout le toutim, le jour où le Norvégien fou à supprimé un nombre impressionnant de contribuables, effectifs ou en devenir.

Le Norvégien fou, lui, c’était réussi ! Ça nous a fait beaucoup réfléchir à propos des psychopathes de la variété idéologique. Et puis, juste avant de s’endormir, on s’est dit que, finalement, ça s’était déjà vu, plus étalé dans le temps, mais tout aussi efficace.

Et des psychopathes plus sournois que le Norvégien. Prenant leur temps, ils finissent, l’air de rien, par conquérir le pouvoir et là s’éclatent (enfin, éclatent surtout leurs contemporains). Mais bof, tout le monde les connaît.

Des noms ? Juste quelques-uns en exercice actuellement, venant au fil de la plume.

Khadafi, El Assad, Mugabé, Kim jong il, Ahmadinejad, pour ne parler que d’actuels, généralement honnis sous nos latitudes.

Cependant, lors de nos petits sommes réparateurs, bercés par le doux ressac de l’océan tout proche, nous avons eut, dans notre Ford intérieure, comme disait Bérurier, une pensée émue pour des, paraît-il, plus présentables, comme Poutine, Kabila… Puis d’autres encore, plus prés de chez nous, Obama, l’Afghan,le Guatanamiste, Sarko, le karsheriseur de banlieues et de Roms, Berlusconi, capable de tout, Cameron… Évidemment, la plupart de ces braves gens, quoique bénéficiant d’une reconnaissance internationale et de l’immunité qui va avec, ne manient pas le fusil-mitrailleur eux-mêmes, ils ont à leur disposition du personnel très qualifié pour ça.

Actuellement, dans nos souriantes contrées, la mutine matraque est l’outil de l’ordre, mais l’intervention de l’armée est envisagée si ça devient plus grave. Et ça le deviendra lorsque le pic de libéralisme aura été atteint. C’est-à-dire lorsqu’enfin la société, sans classes moyennes chèvre-choutistes (et en voie de disparition) sera clairement divisée entre ceux qui se goinfrent et les déchets qui regardent, avec des yeux pleins de dents.

Il n’y a pas de Déclaration universelle des Droits du Déchet. On va se gêner pour le traiter comme tel ! Quelques contorsions juridiques devraient faire l’affaire. Le libéralisme, contrairement à ce que son nom pourrait laisser supposer, adore les lois, jusqu’à l’inflation. Il aime se justifier. Il aime avoir l’air propre sur lui et surtout, surtout, donner un air résolument démocratique aux pratiques de ses voyous. Démocratiques, c’est-à-dire voulues, ces lois, dit-on sans rire, par le peuple.

Très important le peuple et le respect qu’on lui doit, bien sûr.

Cependant, en y réfléchissant bien, à l’apéro, personne ne peut dire ce que c’est réellement, le peuple. Du moins, chacun a sa définition, surtout celle qui arrange son discours.

En tout cas, en Angleterre, on va te le moraliser le peuple. Parole de Cameron.

Car le peuple est très souvent immoral. Il ne sait pas se conduire, on vient de le voir, en boucle à la télé pour ceux qui n’avait pas compris du premier coup. Malgré les efforts exemplaires, en matière de morale, des copains millionnaires, si pas milliardaires, mais pas toujours, de Cameron, (Murdoch, les traders de la City, les banquiers en général, les spéculateurs de toutes sorte et la presse d’égouts), l’élévation morale du peuple ne progresse guère. Alors, ça va saigner moralement. S’il le faut, il enverra l’armée connue pour sa haute tenue morale, surtout contre les civils. Entre militaires, on sait se tenir.  Ça saignera pour de vrai et ça passera aussi en boucle à la télé. Le peuple adore.

Nous avons aussi frissonné, mais moins que d’habitude, aux discours, parlottes et démonstrations de nos grrrrands économistes.

Toutefois, lors du spectacle de la dernière crise du fric, ils nous ont un peu déçus. Leur numéro ne s’est guère renouvelé depuis la précédente. Comme d’hab, ils ont dit le lendemain le contraire de ce qui expliquait tout la veille.

L’économie, c’est comme la religion. Sauf qu’il n’y a pas de Prix Nobel de Religion. Ça manque.

L’une et l’autre se fondent sur des aspects de l’activité et de la pensée humaine très respectables. La religion, c’est, au départ des tentatives d’explication dans le réel de sérieuses prises de tête  : d’où viens-je ? qui suis-je ? Ouvèze ? Comme on dit à Buis-les-Baronnies, Drôme.

L’économie, il y en a partout : qu’on partage, qu’on donne, qu’on troque, qu’on vende, paf ! c’est de l’économie.

Contrairement à l’économie, la religion ne s’est jamais encombrée de science. Allez prouver Dieu par la méthode expérimentale, comme un rat dans les mains d’un chercheur en cosmétiques ! Vachement sacrilège, enfer garanti. Expérimenter Dieu, comme Benvéniste dans les années 80 cherchait la mémoire de l’eau ? quel con ! La mémoire du vin rouge, ça pouvait quand même donner lieu à des expériences bien plus conviviales, non ?

La religion ne prouve que par la rhétorique. Là, elle est imbattable. Je l’ai déjà écrit. Le scientifique n’a à sa disposition qu’un mesquin, quoique coûteux appareillage, pour prouver ce qu’il avance, tandis-que la religion à toute l’étendue de l’imaginaire humain à son usage. C’est pas rien. C’est pourquoi elle peut se passer aussi bien des mathématiques que de quelconques instruments pour prouver Dieu. Elle a les frères Bogdanov, c’est bien suffisant.

Le seul qui se soit lancé dans la mathématique divine, Alfred Jarry, n’est pas précisément un théologien. Dans « Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien », il calcule la surface de Dieu et démontre que la ‘pataphysique est une science. Plus rigoureuse en tout cas que la théologie.

L’économisme, lui, en rajoute dans les mathématiques. Il y a même des économistes qui ont des Prix Nobel, tellement ils sont bons en maths. Mais, naturellement, ils n’ont jamais rien prouvé qu’aurait tout aussi bien prouvé un épicier de quartier sachant faire une addition et une soustraction. Mais pas crédit, évidemment.

Les épiciers de quartier, depuis la nuit des temps, ont fait marcher l’économie bien avant l’apparition des économistes et personne ne s’en portait plus mal. Ce à quoi les économistes excellent, reconnaissons leur tout de même une qualité, qu’ils soient du genre planificateur ou libéral, c’est à constater, mathématiquement, il va sans dire, que leurs prévisions c’était du pipeau.

N’exagérons rien tout de même. Parfois, ça fonctionne aux petits oignons. Prenez par exemple Milton Friedman, Prix Nobel d’économie en 1976, inspirateur de la manière Pinochet et autres Videla, un peu partout en Amérique latine, au bon temps des humanistes follement démocrates, Reagan et de sa copine Tatcher. La mitrailleuse lourde, le jet d’opposants dans la mer depuis des avions en vol et l’implantation généralisée d’usines à torture produisent d’excellents effets sur l’économie d’un pays. L’économie d’un pays est prospère quand les riches sont encore plus riches… Quand on pense à toutes les équations qu’il a fallu résoudre, les longues nuit de veille, les affres de l’incertitude pour faire ce constat…

En vérité, je vous le dis, toute cette superbe activité neuronale est dépensée en pure perte.

Car il s’agit, se dit-on en attaquant les huitres après un petit coup d’ Entre-deux-mers pour la mise en bouche,  de mettre en équation la cupidité humaine. Laquelle, on le sait depuis le crépuscule (c’est encore avant la nuit) des temps, consiste à accumuler des biens, non en vue d’un quelconque usage raisonné, mais pour le plaisir d’accumuler. Il n’y a pas plus d’intelligence là-dedans que dans le comportement spontané du hamster, lequel, en matière d’accumulation, obtient des résultats impressionnants.

Il serait temps qu’on décerne un Prix Nobel à l’une de ces charmantes petites bêtes.

Ma conversion

Et oui, doux amis, je suis entré en religion, je suis croyant. Je suis Pastafarien. Adepte du Monstre en Spaghettis Volant.

J’ai eu cette révélation, par hasard pourrais-je penser, si, maintenant, je n’étais convaincu qu’il ne pouvait s’agir d’un hasard, mais bien d’une volonté divine.

Fouinant sur Wikipédia à propos de je ne sais quoi, je suis tombé sur la page consacrée au Pastafarisme. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pastafarisme

En deux mots, le prophète de cette religion est Bobby Anderson, physicien de son état, vivant dans un patelin perdu de l’Oregon aux USA. Apprenant qu’il était question d’enseigner le créationnisme dans l’école de son bled, il fit valoir que, si on en venait là, il faudrait aussi enseigner sa religion à lui, celle du Monstre en Spaghettis Volant créateur du monde un lendemain de cuite, raison pour laquelle il n’est pas parfait.

Un adepte, martyr de la foi, à qui l’on faisait remarquer la débilité de cette religion, rétorqua, le saint homme, que si la crédibilité d’une religion se mesurait à son degré de débilité, la sienne avait droit d’expression autant que les autres. Il fut tout de même exclu de l’université.

Sinon, c’est commode comme religion : pas de messe, pas de lieu de culte et surtout pas de prêtre à engraisser aux frais de l’adepte, pas de baptême, ni d’ablation de telle ou telle partie de l’anatomie. Peinard, quoi.

Un des dogmes, utile en nos jours de questionnements écologiques, stipule que le réchauffement planétaire, les tremblements de terre, les cyclones et les autres désastres naturels sont une conséquence directe du nombre décroissant de pirates depuis les années 1800. Les pirates, de même que la nouille, sont donc sujets de vénération.

L’aspect religieux le plus éprouvant, pour le pratiquant sincère, est ce commandement de combattre l’athéisme et la laïcité avec des arguments encore plus stupides que ceux des créationnistes. J’essaie, mais j’avoue que c’est ardu.

Quelques adresses utiles :

http://www.facebook.com/group.php?gid=27753352828

http://pastafarismemars.canalblog.com/arch ( attention ! Il s’agit ici du Pastafarisme Marseillais, une bien sympathique tendance schismatique. (Le schisme est indispensable à toute religion sérieuse ; le pastafarisme ne le réprouve pas).

Ramen !*

*Ramen : nom d’une nouille japonaise.

Un peu de sérieux dans ce monde d’écervelés.

Péter !

Cette activité naturelle indispensable manque de considération au point, souvent, de croire qu’il s’agit simplement de faire du bruit avec son anus, comme on en fait, hélas plus souvent, avec sa bouche, tout en étant persuadé que c’est plus beau ou que ça présente un intérêt pour l’auditeur.

C’est bien autre chose. « Le généraliste » du 14 juillet ( eh oui, on pourrait croire que le sujet a été choisi en fonction de la date, mais non, il s’agit d’un journal belge, réservé au corps médical – le corps médical a-t-il un anus ? La question est posée – que je lis, parmi d’autres, comme vous le savez déjà, par-dessus l’épaule de ma femme).

Dans ce numéro, le docteur Chantal Maton nous apprend donc que nos pets sont de vraies petites merveilles de chimie et notamment, ô surprise, que l’air que nous avalons par divers moyens, dont la déglutition, les médicaments effervescents, et ceux provoquant une bouche sèche, donc augmentation des déglutitions, les substituts nicotiniques (fumeurs en voie de repentir, serrez les sphincters) sans oublier l’usage du chewing-gum, n’est pas pour rien dans cette aimable production, quelque fois musicale. La rumeur dit qu’avec une tranche d’ananas, on obtient même de la musique hawaïenne. Faut-il la croire ?

Aimable, donc, tant qu’on a pas abusé des oignons, des choux, des œufs, des champignons. Car ces sympathiques légumes (les œufs, oui, je sais, les champignons, vérifiez dans le dico) provoquent l’émanation de sulfure d’hydrogène, lequel est au 5 de Channel ce que le Mac Do est à la gastronomie, (on peut, dans cette comparaison gastronomique, inclure la littérature d’Amélie Nothomb : comme le Mac do ça cale un coin, c’est pas mauvais, c’est pas bon non plus et quand on a fini, on ne sait plus de quoi il s’agissait. Mais ça fait pas péter. Dommage.)

On flatule (ainsi dit-on chez Madame la Marquise), environ, nous apprend le bon docteur Maton, une quinzaine de fois par jour et ça produit du méthane et de l’hydrogène, tous deux hautement inflammables, on ne se rend pas compte à quel point on vit dangereusement, et du dioxyde de carbone, c’est-à-dire du CO2, le méchant qui réchauffe la planète, mais manifestement pas le cortex de Sarah Palin, Michèle Bachmann ou Rick Perry. Il est vrai que si l’on multiplie ces 15 fois par jour par les 7 et bientôt 9 milliards d’êtres humains, développement durable ou pas, la situation, inéluctablement et sans compter les vaches, deviendra intenable sur cette planète. Et l’odeur, je vous dis pas.

En attendant, l’aspect sonore dépend de la vitesse d’expulsion et de l’ouverture anale. Comme pour chanter. Il est remarquable que Dieu ait placé nos orifices bruyants à l’opposé l’un de l’autre. Une sorte de stéréophonie naturelle. Fallait y penser.

Lecture recommandée pour compléter cet article : « L’Art de péter » Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Essai théori-physique et méthodique à l’usage des personnes constipées, des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé, publié en 1751.

Bonjour chez vous. S’il n’y a personne, ne vous retenez pas plus longtemps.

Et tout de suite, ci-dessous, le 3ème épisode de notre feuilleton de l’été, L’Affreux du Caire. ( il est en ligne depuis déjà deux semaine et n’attend plus que vous)

 

L’affreux du Caire, 3ème épisode

Résumé du chapitre précédent

Trois semaines déjà que :

La philosophe chauve a essayé de se disputer, en vain, avec un vieux monsieur attendant, comme d’autres habitants de l’immeuble, l’ascenseur en panne de dépanneur, lui-même retenu entre deux étages, sinon plus.

Trois semaines, déjà, que le dépanneur de dépanneur d’ascenseur, envoyé à la rescousse, mais faible des bronches, ouvrant la porte de cet immeuble en mauvais état, a reçu, en pleine poitrine, Jean-Sigismond Lathuile passant, tel le boulet hors du canon, par-dessus Alphonse de Médeux. Il le poursuivait dans l’escalier délabré afin lui annoncer que sa femme à lui, Jean-Sigismond, trompait son amant, Alphonse de Médeux précisément, lequel, aveuglé par une missive ancienne, très ancienne, entrée par un fenestron pas du tout prévu par l’architecte auteur de l’immeuble, s’est brusquement penché.

Tout le monde suit bien ?

Trois semaines donc, qu’à cause d’un certain laisser-aller estival dans le chef de l’auteur, ces divers personnages, figés dans leur geste ultime, attendent que ça reparte.

Arrêt sur image, appelle-t-on ça au cinéma, en nous recommandant de ne pas en abuser.

 

Faut-il préciser que le narrateur fut accueilli par les protagonistes de ce passionnant feuilleton, avec des gestes et des paroles de mauvaise humeur que nous ne rapporterons pas, par respect de nos jeunes lecteurs.

- Atchoumiiiyoooouuuu rââââââh noumdidiou! S’exclama tout d’abord le concierge, mari de la philosophe chauve.

En même temps que s’ouvrait la très moche porte d’entrée principale, il venait d’apparaître à celle du fond, au bout d’un couloir sombre, donnant sur une petite cour obscure, comme le sont généralement les petites cours. Il y rangeait les poubelles, débordantes des manuscrits refusés que sa conjointe (la langue française nous contraint parfois à utiliser des termes douteux, tant ici le féminin nous paraît peu approprié) s’obstinait à envoyer aux éditeurs. Lesquels gagnaient assez de fric avec les Amélons Nothie, mâles et femelles, de toutes sortes, pour ne pas payer des gens à lire des manuscrits compliqués. Ça n’entrait pas dans le cadre de leurs collections, voilà tout. Mais on voyait bien que les envois n’avaient jamais été ouverts.

La philosophe chauve n’en tirait pas la moindre amertume. Elle savait que le grand Nietzsche lui-même, las des refus d’éditeurs, avait publié « Ainsi parlait Zarathoustra » à compte d’auteur. Quatorze exemplaires vendus. C’est pas beaucoup. C’est pourquoi elle hésitait encore à la dépense que constitue le Compte d’auteur, surtout avec les malfrats qui rôdent dans la profession. Mais pas plus que dans les banques et autres cloaques de la finance.

L’ouverture de la petite porte dont il est question au début de ce laborieux chapitre, avait provoqué, on s’en doute, un furieux courant d’air, car, et en plus, un des manuscrits dans une des poubelles, elle-même béante, était mal refermé : courant d’air, plus courant d’air, ça ne pardonne pas.

Mais, tout bien considéré, ceci n’avait, dans l’immédiat, aucun rapport avec le déroulement de notre récit. Nous pouvons donc, sans trop de remords, laisser notre concierge se débarrasser de la morve dont il avait copieusement décoré son veston tout propre.

Abasourdi par le choc de la rencontre avec le torse du dépanneur de dépanneur, Jean-Sigismond Lathuile, assis sur son séant, se frottait l’occiput endolori, essayant de reprendre ses esprits. Un chimpanzé auquel on aurait, par ruse, retiré la banane, n’aurait pas eu l’air plus perplexe.

Ajoutons que le hall d’entrée mal entretenu par ce concierge plus soucieux des manuscrits de sa femme que de son devoir de gardien, le petit groupe d’usager d’ascenseur en panne contemplant toute cette désolation d’un air navré, ajoutait encore à l’aspect totalement déprimant des lieux.

Eh bien, malgré cette atmosphère décourageante, Jean-Sigismond n’écoutant que son devoir, patiemment inculqué par l’Abbé Niquenique, vieil ami de la famille, chargé, entre autres, de son instruction civique, sexuelle aussi mais sans redevance supplémentaire, tout-à-coup entrepris de ranimer le malheureux dépanneur de dépanneur d’ascenseur. L’allongeant d’abord sur le dos, ainsi que le préconise la méthode Scheffer (« Et j’l'fais bien! », comme ne manquait pas d’ajouter les petits voyous sortis de l’école publique), il amorça un vigoureux bouche à bouche.

Sur le coup, on n’eût pu dire si la procédure portait ses fruits, mais, rapidement, à l’enthousiasme de Jean-Sigismond, on put rapidement supposer des résultats encourageants.

Et même que le dépanneur y prenait goût, si l’on en jugeait par la bosse qui se développait sur le devant de son pantalon. Fort heureusement, nous nous gardons bien de juger nos semblables. Par contre, les aspirants usagers d’ascenseur en panne appréciaient diversement, selon leur orientation sexuelle, politique ou philosophique les progrès du sauvetage. On sentait venir la polémique.

Alphonse de Médeux, quant à lui, à une hauteur de trois marches d’escalier du drame qui se jouait, restait indifférent à toute cette molle agitation. Avec un étonnement mêlé de stupéfaction, dans lesquels un observateur avisé n’aurait pas manqué de déceler une nuance d’ébahissement, il lisait, plié en deux mais sans rire pour autant, cette missive venue de la nuit des temps, qui, rappelons-le pour mémoire, commençait ainsi :

Saint-Jean d’Acre, le 21 juin de l’an de grâce 1191

À Monseigneur le Très Vénéré Grand Maître de l’Ordre des Tant Pliés…

Étonnant, non ?

C’est ce que nous vérifierons au cours de notre prochain épisode.

Un peu d’attention et de prévention dans ce monde de brutes

Le coït et tout ce qui va avec, c’est très tendance en ce moment. Mais attention, comme vous avez pu le lire, l’entendre, le voir dans les journaux gribouillés, bafouillés  ou t’es laid visuel, ça peut  jouer de mauvais tours. Aussi dans un souci de prévention, écoutez ceci:

L’amour ça rend con

(Ça peut mettre du temps à démarrer, mais vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus.)

Bonjour chez vous. S’il n’y a personne… faites comme d’hab lorsque vous êtes seul(e)

Votre dévoué camembert

L’affreux du Caire (3ème épisode)

Résumé du chapitre précédent :

On est en plein vaudeville !

Mais il faut tout de même retenir qu’une enveloppe, échappée de la sacoche d’un bien malveillant facteur, s’est malencontreusement collée sur les yeux d’Alphonse de Médeux, poursuivi dans l’escalier de son immeuble par Jean-Sigismond Lathuile, cocu notoire, quoique de notoriété récente, car jusqu’alors il ne savait rien de cet état si particulier et vivait paisiblement. À quoi tient une vie paisible ?

Dans son ardeur de néophyte, il semble bien décidé à faire un mauvais sort à Alphonse de Médeux.

Alphonse de Médeux, est tout aussi cocu que son poursuivant mais bien que n’en sachant rien encore, il n’en même pas large, ni long d’ailleurs, car tout nu, ayant dû précipitamment quitter l’établi, on peut voir que sa quique à beaucoup rabattu de sa superbe.

Il est surtout pressé d’arriver à la cave avant son compétiteur. Il y voit son salut.

 

Précisons, pour la crédibilité de ce récit, que si, comme il a été dit dans l’épisode précédent, Alphonse de Médeux descendait les escaliers trois à trois, ce n’était pas, comme pourraient le croire des esprits avides de je ne sais quels foireux mystères, pour des raisons liées à la Franc-Maçonnerie. La réalité, guère aimable avec les mythes, nous apprend que l’entrepreneur, complice du promoteur, avait mis plus de sable que de ciment dans son béton. Deux marches sur trois s’étaient effondrées. Pour le reste de la bâtisse, on ne connaissait pas encore l’étendue des dégâts, quoiqu’on soit sans nouvelles récentes des habitants des derniers étages. Pour pallier (le mot est-il heureux ?) cet inconvénient, comme dans tout bâtiment moderne, un ascenseur en panne était à la disposition des pressés, des feignants et des petits vieux.

Tous ces individus, diversement motivés, aux paliers s’agglutinaient devant la porte du véhicule. Ils attendaient qu’un dépanneur vienne dépanner le précédent dépanneur, coincé quelque part dans les étages. Ils ne savaient pas, les malheureux, que la boîte de vitesse de la voiture du dépanneur pressenti venait brutalement de se répandre sur l’asphalte. Voilà comment on a pignons sur rue. Ça vous pose un homme. Ou plutôt un lapin, car la dépanneuse du dépanneur n’arrivait pas, à cause d’une certaine mauvaise volonté à démarrer… Ainsi va la vie.

Sans doute aigris par cette longue attente, les agglutinés ne se privaient pas de commentaires désagréables au passage, hurlant, de nos deux coureurs de fond. Bien entendu, l’amateur de contrepèteries, il y en a toujours un dans un groupe humain civilisé, ne se privait pas de rigoler au nom de cette activité cinétique. Mais il gardait ça pour lui, car ses compagnons d’attente n’avaient pas l’air très portés sur la gaudriole. Notamment une philosophe chauve, au tee-shirt volontairement trop court, laissant s’épanouir un nombril surdimensionné, objet d’une autovénération soutenue.

— Jeunes cons, va ! S’exclama un vieillard chenu, quoique digne et décoré de la Légion d’Odeurs, menaçant de la canne nos deux vociférants.

— Mais enfin, monsieur ! s’indigna la philosophe à l’air pincé (en secret, elle déplorait que ce ne soit qu’un air. Pour de vrai et plus souvent lui aurait semblé préférable. Car, pour inconvenant que ce soit sur l’instant, il est plus flatteur pour l’ego d’avoir la fesse qui attire la main, plutôt que la figure. L’œil au beurre noir qu’elle arborait, à gauche, montrait qu’elle sortait d’un débat et non d’un ébat, agité).

— N’est-ce pas quelque peu arbitraire, poursuivit-elle, d’injurier des passants que vous ne connaissez même pas ? Et plus jeunes que vous ! ça, on le voit tout de suite ! Termina-t-elle, perfide, attendant un coup de canne qui ne vint pas.

— Nullement Madame, répliqua le monsieur pas du tout impressionné. Je sais de quoi je parle. Je traite de cons tous les jeunes, par principe et en connaissance cause, car je sais à quel point j’étais con moi-même quand j’étais jeune ! Et je vous prie de noter que je suis aujourd’hui plus jeune que demain.

Pendant cet aigre échange, nos deux cocus arrivaient au rez-de-chaussée.

— Mais tu vas t’arrêter, oui ou merde ! S’écria Jean-Sigismond Lathuile, sur le point de rattraper Alphonse de Médeux. Je te crie depuis tout à l’heure que ma femme te trompe ! Mais tu ne veux rien entendre, hein… trop fier pour… rhââââââââ !

Alphonse de Médeux venait de s’arrêter brutalement, tout en se baissant. En conséquence, Jean-Sigismond passa en vol plané au-dessus de lui, droit dans la porte d’entrée. Fort heureusement, le dépanneur d’ascenseur venait de l’ouvrir. Fort malheureusement, il reçut, tel un boulet de canon, Jean-Sigismond en pleine poitrine et mourut sur le coup. Il avait toujours été faible des bronches.

Quant à Alphonse de Médeux, il n’avait rien vu du drame, ni entendu ce que lui disait Jean-Sigismond. La lettre qui lui obstruait la vue, croyait-on, ne l’obstruait pas tant que ça. Avec le contrejour, il venait de déchiffrer, à travers le papier, de facture extrêmement ancienne, le début d’une lettre manuscrite ainsi libellé :

Saint-Jean d’Acre, le 21 juin de l’an de grâce 1191

À Monseigneur le Très Vénéré Grand Maître de l’Ordre des Tant Pliés…

À ce nom, il s’était lui-même plié.

Bizarre, non ?

C’est ce que nous tâcherons d’élucider au cours du prochain épisode.

(à suivre)



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