
Les jap’s veulent bouffer du thon rouge, quoiqu’il arrive, jusqu’à ce qu’il n’y en n’ait plus s’il le faut. Et ils ne sont pas près de se laisser intimider par les écolos bouffeurs de salade. Ils becqueteront le thon rouge jusqu’à la dernière écaille.
On ne peut être qu’impressionné par une telle détermination.Mais on peut se demander ce qu’ont-ils prévu de grailler lorsqu’ils auront transformé tout le thon rouge en caca humain? Car les japonais sont des êtres humains. Ça ne me rassure pas.
Vous pensez qu’il s’agit d’une réaction politico-consummero-financiero-patriotico-caractérielle ?
Du tout. Quand ils auront fini le thon rouge, ils boufferont du thon jaune, avec la même conviction, lorsque les alchimistes de l’agro-alimentaire et des écoles de commerce réunis, sauront peindre en rouge le thon jaune. Avec de la peinture juste un peu cancérigène, mais pas trop, pour qu’on s’en aperçoive pas du premier coup. Ils ont déjà fait pire.
Grâce à ces bienfaiteurs de l’humanité, personne ne doit modifier ses petites manies alimentaires ou autres pendant que les espèces disparaissent. Et quand il n’y aura plus, ce qui ne saurait tarder, de thon jaune, qu’est-ce qu’ils vont morganer les jap’s .
Facile ! Une petite manip génétique et hop ! sardines, vous voici thon rouge ! Félicitations pour cette brillante promotion !

C’est un peu comme les déchets nucléaires, mais à l’envers, car eux ils ne sont pas en voie de disparition. On attend d’avoir la science suffisante pour les neutraliser. En attendant on contamine, on cancérise, depuis Tchernobyl on n’explose plus mais on ne perd rien pour attendre , et on peut continuer, grâce à l’électricité produite, à fabriquer à tout va des tas de choses dont l’utilité principale est de rapporter du fric, certes à ceux qui les fabriquent, mais surtout à ceux qui investissent dans la fabrication de ces choses destinées à finir le plus rapidement possible dans les incinérateurs, afin de faire de la place aux suivantes et remplir des porte-monnaies qui déjà ne manquent pas de gras.
Qu’est-ce qu’on se marre !
Mais attention, les Jap’s, les faces de prunes, comme les appelait le délicat Colonel Buck Dany dans Spirou des années 60 , les japonais, donc, comme tout le monde, veulent bien, comme on dit, sauver la planète.
Sans trop se fatiguer, comme tout le monde aussi.
Et puis d’abord, pourquoi ce serait les japonais qui devraient commencer à se priver ? Pourquoi tant de haine ? Hein ? je vous demande.

"Moi, le thon rouge, ça m'en fait une comme ça le matin !"
Combien de mes doux et douces amis et amies personnels sont prêts à se passer de prendre l’avion pour aller se mettre les miches au soleil, pendant une semaine, dans un pays exotique ?
Activité rigoureusement indispensable à l’épanouissement humain et à la limpidité de ses urines.
Plus le saccage bétonesque des pays exotiques et les papiers gras partout. ( C’est vrai que le papier gras, déplié, puis léché, ça peut aider à varier l’ordinaire des petits enfants faméliques du coin. Ça n’a pas que du mauvais, le tourisme).
Patience, Planète, dès mon retour, je te sauves, promis. J’éteins la lumière derrière moi en quittant une pièce, je ne laisse pas laisser couler l’eau du robinet pendant que je me lave les dents, ça sauve, non?
- Bof !
- Jamais content, çui-là.
Comme le thon rouge , mais on s’en fout, il va bientôt avoir disparu. J’ai vu récemment un reportage à la télé sur les pêcheurs de thon occidentaux dans l’Océan indien. Putain les bateaux ! C’est pas de la barcasse à rame ! C’est du vrai navire! et beaux avec ça! et grands comme des usines. Ça te vous récolte le thon à la tonne. Ça n’en laisse pas gras pour les pêcheurs locaux et leurs pédalos à voiles.

"Thon taine et thonthonier"
Alors ils font pirates. Pêcher un thonier et son équipage occidental, ça rapporte nettement plus gros que la pêche au filet, qu’on doit en plus tirer à la main. Ça fait des ampoules à la longue. Faut comprendre.
Mais bon ! C’est la loi de l’offre et de la demande. Rien à dire.
Moi, je serai pêcheur dans l’océan indien, c’est sûr, je serais pirate. Je me ferai des couilles en or. Y a pas de raison que ce soit toujours les mêmes.
Du coup, les thoniers thonent moins, ou alors avec la trouille au ventre et des mercenaires à bord, armés jusqu’aux dents. Les prises s’en ressentent. Certains même n’osent plus sortir des ports. Peut-être que ce sont les pirates qui vont sauver le thon rouge, finalement.
On dit merci qui ?
Pensez-vous ! Il ne dira même pas merci, le thon rouge. C’est très con le thon. Tellement con que la cervelle n’a pas de goût, comme disait une Brève de comptoir à propos du mouton. Le mouton, lui, il n’est pas en voie de disparition. Surtout Halal. Paraît qu’on en halalise plus que tous les musulmans de nos contrées peuvent en grailler. Ce qui fait qu’ils nous refilent le surplus en ricanant, à nous, mécréants.
Ça heurte profondément mon absence de convictions religieuses quand j’en mange. Mais bon, s’il faut se mettre à tenir compte de la sensibilité des mécréants, où va-t-on ? déjà qu’ils n’ont pas d’âme et qu’ils iront en enfer…
Et si, en douce, on refilait du porc aux culs-en-l’air ? En leur faisant croire que c’est du thon rouge, par exemple.
A propos de musulmans, Willy Wolstjan a écrit un excellent article sur l’islam (on le consulte ici, sur le site du R.A.P.P.E.L. -cliquer sur ce mot -. L’islam dont on a tous besoin, même les athées.
Et c’est bien vrai qu’on peut préférer cet islam à celui que les conasses à voiles et les barbus à vapeurs veulent nous infliger.
Mais voilà, moi qui ne suis rien qu’un vieux con jamais content, (et avec mon âge en passe de devenir canonique, ça va pas aller en s’arrangeant) j’ai pas besoin de l’islam. Ni du christianisme, ni du judaïsme, ni du bouddhisme-qui-n’est-pas-une-religion. Ni même du marxisme. Mais, là, bon, avec la balle que les nains de jardins, genre Trotsky, Lénine, Staline, Mao, ( excusez si j’en oublie) on tiré dans le pied du gigantesque Karl (même si on n ‘aime pas tout, lui, c’était une sacrée pointure), on est tranquilles pour un certain temps.
Et puisqu’on parle de religion…

Vous l'avez surement déjà tous reçu, moi, je ne m'en lasse pas.
La Revue médicale de Bruxelles, numéro de janvier-février de cette année , publie un article très intéressant à propos de ce phénomène essentiellement lié à la psychologie humaine. (En effet, le lombric ou la mouche drosophile, pour ne parler que d’eux, fréquentent assez peu lieux de culte)
Je ne suis pas médecin. Ma femme oui. Je lis par dessus son épaule.
Je vous livre l’article in extenso, parce que sinon, vu la confidentialité de la revue, vous auriez du mal à vous le procurer. Ça ne lèse les intérêts de personne, puisque cette publication est distribuée gratos aux toubibs. Il est vrai que je n’ai pas demandé l’autorisation à l’éditeur. Pensez ! Lui demander l’autorisation de publier un article scientifique sur un blog qui s’appelle « Les pérégrinations extra-culinaires du camembert qui grinche », si je l’aurais eu l’autorisation ! Je n’ai pas publié la bibliographie.
Si vous voulez donc en savoir plus, voici l’adresse : ckornrei@ulb.ac.be Les auteurs en sont C. Kornreich et D.Neu, service de psychiatrie, C.H.U. Brugman, laboratoire de psychologie médicale, ULB.
Je vous conseille de faire un couper-coller de cet article dans votre traitement de texte, puis de l’imprimer ( recto-verso, hein !) afin de pouvoir le lire à tête reposée. Sinon, à l’écran, je crains que ce ne soit pas possible ! Bonjour chez vous, s’il n’y a personne, tant mieux, ça vous permettra de lire cet article sans être dérangé.
Religion et fonctionnement du cerveau
(Partie 1)
Nos structures mentales nous prédisposent-elles à la religion ?
Le phénomène religieux est particulièrement ubiquitaire. Deux théories principales s’affrontent pour expliquer cette popularité dans l’espèce humaine. La première postule que nos structures cognitives nous prédisposent à la religion. Elle serait ainsi un produit dérivé de fonctions mentales par ailleurs utiles pour la survie, telles que la crédulité infantile, l’anthropomorphisme et la téléologie.
La seconde estime que le phénomène religieux se maintient du fait d’avantages adaptatifs directs liés aux bénéfices obtenus dans les échanges de coopération et fonctionne comme un mécanisme d’assurance fourni par le groupe religieux. Ces deux théories sont probablement complémentaires et permettent d’expliquer que le phénomène religieux soit à ce point universel.
INTRODUCTION
Les religions, définies comme des systèmes de croyances associés à des rites , sont particulièrement ubiquitaires dans l’espèce humaine. Elles apparaissent en effet dans toutes les cultures, des chasseurs cueilleurs aux sociétés avancées sur le plan scientifique. Lorsque les anciennes traditions religieuses perdent de leur emprise, les spiritualités “new age » – astrologies, et autres croyances ésotériques – remplissent rapidement le vide ainsi laissé . De nouvelles religions peuvent naître assez facilement comme en témoigne l’apparition des «cultes du cargo» de la Nouvelle Guinée et de la Mélanésie au 20 ème siècle .
Les théories traditionnelles expliquant cette ubiquité vont de la sociologie, qui insiste sur la fonction de la religion comme renforçateur des lois sociales, à la psychanalyse qui remarque que le renoncement pulsionnel exigé par la culture peut être canalisé par la religion et que les idéaux religieux resserrent le lien social et participent à la constitution d’une communauté .
Des théories plus récentes ont été développées par le courant de la psychologie évolutionniste, notamment par Richard Dawkins et nous examinerons plus en détail celles-ci dans le cadre de cet article.
Les raisonnements de la psychologie évolutionniste se basent sur les éléments suivants : Les religions imposent à leurs adeptes des coûts importants en temps, attention et énergie voire en sacrifices physiques. Il paraît donc étonnant que les processus cognitifs qui sous-tendent les religions n’aient pas été éliminés par la sélection naturelle.
Pour expliquer la persistance et l’ubiquité des religions, deux théories principales s’affrontent
1. les religions pourraient être des produits dérivés de fonctions mentales qui sont, elles, utiles pour notre survie et ont donc été sélectionnées par l’évolution.
2. Les religions procurent intrinsèquement suffisamment de bénéfices adaptatifs pour expliquer leur persistance dans l’espèce humaine.
Nous allons examiner ces deux hypothèses successivement.
LA RELIGION COMME PRODUIT DÉRIVÉ D’AUTRES FONCTIONS MENTALES
Le cerveau humain n’est pas construit pour donner une image de la réalité mais pour être adaptatif dans un environnement spécifique : l’environnement tridimensionnel et temporel terrestre. A titre d’exemple, la couleur des objets est perçue comme constante dans des conditions variables de luminosité, parce que maintenir une perception d’un monde rempli par des objets stables et invariants est fonctionnel pour nos activités quotidiennes.
Si la couleur des objets changeait à tout moment lorsque la lumière du jour varie, nous aurions du mal à suivre les objets dans le temps et l’espace, et à les identifier comme objets déjà vus (ou pas).
Le système visuel est donc à l’origine d’un processus qui à partir d’images du monde extérieur, produit une description utile au sujet et non encombrée d’informations inutiles. Filtrer adéquatement les informations du monde extérieur pour obtenir une représentation exacte et fonctionnelle coûte cher en ressources « computationnelles ». La sélection naturelle peut donc favoriser des solutions non parfaites qui offriront un bon compromis coût-efficacité.
Parce qu’ils recourent à des approximations « vite faites », les êtres humains développent régulièrement des « illusions cognitives » au même titre qu’il existe des illusions d’optique. Des exemples d’illusions cognitives peuvent remplir des livres entiers et ne seront pas détaillés ici .
Mentionnons toutefois les travaux du psychologue Amos Tversky et du prix Nobel d’économie Daniel Kahneman qui ont montré que les êtres humains ne parviennent pas facilement à prendre des décisions dans les situations qui comportent un certain degré d’incertitude et qu’ils utilisent dans ce cas des heuristiques.
Ces dernières sont des solutions toutes faites un problème, habituellement rapides et faciles appliquer mais qui ne garantissent pas que la solution soit correcte, comme la débâcle des marchés financiers l’a encore illustré récemment. Les illusions et structures cognitives potentiellement explicatives des phénomènes religieux sont détaillées ci-après.
Crédulité des enfants
Toutes les croyances religieuses semblent bizarres si on n’a pas été élevé avec elles et il est très rare qu’un adulte adopte une religion avec laquelle il n’a pas été familiarisé pendant l’enfance. Dawkins fait l’hypothèse que la crédulité des enfants est elle-même adaptative .
Plus que les autres espèces, nous dépendons de l’expérience accumulée par les générations antérieures et cette expérience doit être transmise aux enfants pour leur protection et leur bien-être. La survie des enfants peut être nettement améliorée s’ils obéissent à leurs parents et les croient sans questionner le fondement de ce qui leur est enseigné en tout cas durant les premières années de vie.
Les enfants raisonnent à propos de Dieu comme étant différent des autres personnes : à 5 ans, les enfants commencent à comprendre que les humains ne savent pas tout mais conservent cette croyance pour Dieu. La croyance en Dieu résiste donc aux améliorations développementales de la théorie de l’esprit.
Dualisme
Les enfants auraient une tendance naturelle et innée à avoir une théorie dualiste de l’esprit .
Le monisme considère que l’esprit est une manifestation de la matière. Le dualisme considère que l’esprit est indépendant de la matière et « habite » le corps, ce qui implique qu’il est concevable que l’esprit puisse quitter le corps pour aller vivre ailleurs.
La maladie mentale peut donc être interprétée dans cette conception comme une possession par les esprits et il est possible de considérer que les objets inanimés puissent avoir une âme.
Même les personnes « évoluées » sont instinctivement dualistes et intellectuellement monistes : elles attribuent des intentions aux objets inanimés, comme en témoigne la manière dont nous parlons de nos ordinateurs.
Notre dualisme inné nous prépare à croire en l’existence d’une âme qui habite le corps, plutôt que d’en être une partie intégrante.
Il est de ce fait facile d’imaginer que cet esprit puisse s’en détacher et partir ailleurs après notre décès.
De la même manière, on peut aussi être amené à imaginer l’existence d’une déité comme propriété émergente de la matière mais vivant indépendamment de celle-ci.
Anthropomorphisme
Dans la continuité de nos tendances dualistes, nous surestimons la présence d’agents humains dans le monde. Notre tendance à “anthropomorphiser » est universelle : nous voyons des visages dans les nuages, des voleurs dans les ombres nocturnes . Cette tendance optimaliserait les réponses à des problèmes importants. Quand on a l’impression de voir des personnes, les faux positifs ne coûtent pas grand chose. Par contre, les faux négatifs peuvent être désastreux. Les autres humains sont très importants pour notre existence et notre progression dans la vie. Ils sont aussi la principale menace que nous ayons à affronter. Nous devons donc les détecter quand ils sont là. Nous pouvons confondre une ombre avec un cambrioleur mais pas l’inverse : un faux négatif serait fatal alors qu’un faux positif n’est qu’une perte de temps. Vu les coûts différentiels, il est possible que nous ayons fait évoluer un <hyperactive agent detection device> Notre tendance à personnaliser des objets inanimés comme des agents autonomes pourrait être impliquée dans l’expérience religieuse .
Téléologie
La téléologie est la tendance à assigner un but à toute chose. Les enfants attribuent spontanément un but et une intention au monde naturel : les nuages sont faits pour pleuvoir ; les rochers pointus sont construits de cette manière pour que les animaux puissent s’y gratter lorsque cela les chatouille ou ne s’assoient pas dessus ce qui pourrait les démolir . Les enfants préfèrent par ailleurs expliquer le monde via des causalités liées à des agents supranaturels jusqu’au début de l’adolescence et ce même s’ils ne viennent pas de milieux religieux où ils auraient pu recevoir ce biais de leurs parents.
Téléologie et explication supranaturelle sont connectées : les enfants préfèrent les explications attribuant un but à la nature sous la responsabilité d’agents supra-naturels .
Nous serions donc naturellement prédisposés au créationnisme .
La prédiction du comportement des entités présentes dans notre monde est importante pour notre survie et on peut donc s’attendre à ce que la sélection naturelle ait modelé nos cerveaux en vue de réaliser des prédictions de manière efficace et rapide.
Daniel Dennett propose une classification en positions que nous adoptons pour comprendre le monde qui nous environne et donc prédire le comportement d’autres entités comme les animaux, le machines et les autres humains. Il s’agit des positions physique, de design et intentionnelles.
- La position physique fonctionne en principe toujours car elle obéit ultimement aux lois de la physique. Mais travailler sur cette base peut s’avérer pe économique en temps et en ressources cognitives comme de calculer les interactions d’un objet complexe avec son environnement pour réaliser de prédictions.
- La position de design permet de court-circuiter tous ces calculs et se révèle donc très économique. Par exemple, savoir qu’une alarme est conçue pour sonner en cas d’intrusion dans une maison permet de faire des prédictions sans passer par une compréhension de la manière dont cette alarme est construite, dont fonctionne la source d’énergie qui l’alimente, et dont sont fabriquées les plaques de circuits intégrés…
- La position intentionnelle est un autre court-circuit de raisonnement qui peut être très utile pour la prédiction du comportement des êtres vivants Cette position assume qu’une entité est non seulement construite en vue d’un but mais aus qu’elle contient un agent qui guide ses actions. La position intentionnelle peut très bien se concevoir comme un mécanisme cérébral qui accélère la prise de décision dans des circonstances de danger et dans des situations sociales cruciales.
Facilité de mémorisation des idées religieuses
Les idées religieuses seraient conceptuellement configurées pour activer les traits multiples des systèmes d’inférence intuitive qui gouvernent nos compréhensions ordinaires du monde .
Les connaissances intuitives que nous avons sur le monde physique, biologique et psychologique sont sans doute en partie innées et se développent chez l’enfant sans nécessiter beaucoup d’input de l’environnement .
Pour Boyer notamment, les idées religieuses sont mémorisables et mémorisées justement parce qu’elles violent nos attentes intuitives, c’est-à-dire parce qu’elles sont supranaturelles.
On a ainsi montré expérimentalement que les concepts supranaturels sont intrinsèquement mémorisables, nécessitant moins de ressource mémoire que d’autres concepts . La mémorisation est facilitée par le fait que ces concepts violent les règles intuitives mais à condition que cette violation soit modérée.
On retient que Dieu pense comme un homme et est en gros comme un homme mais qu’il a le pouvoir de créer tout et de détruire tout, ce qui n’est pas le cas d’un homme.
Par contre les constructions théologiques compliquées avec de multiples violations des structures intuitives perdent ce caractère mémorisable et ne suscitent de ce fait que peu d’intérêt .
La théorie de Boyer prédit que les personnes religieuses vont penser aux Dieux comme à des personnes si ce n’est pour quelques propriétés extraordinaires.
Barett et Keil , ont confirmé que les dévots religieux aux États-Unis et en Indes représentent leurs dieux de manière anthropomorphique et que ces représentations sont en conflit avec les croyances théologiques exprimées par les croyants.
Les participants étaient par exemple d’accord avec la proposition que “Dieu sait tout » mais considéraient cependant que la prière était parfois nécessaire pour communiquer avec le divin. Le mode de pensée religieuse universel est donc une pensée anthropomorphique ajustée de manière minimale .
Avantages de l’irrationalité
Dennett a évoqué l’idée que l’irrationalité de la religion pourrait être un produit dérivé d’un mécanisme cérébral inné nous prédisposant à l’irrationalité : notre tendance à tomber amoureux. L’anthropologue Helen Fisher explique qu’il est relativement improbable, objectivement parlant, de tomber amoureux d’un partenaire qui soit très significativement meilleur que tous les autres partenaires de son cercle de connaissance. Ce phénomène du coup de foudre s’accompagne de modifications cérébrales chimiques qui sont caractéristiques de cet état et comparables à l’action de drogues addictives naturelles.
Du point de vue évolutionniste, il pourrait s’agir d’un mécanisme visant à garantir la loyauté vis-à-vis du partenaire et parent associé suffisamment longtemps pour élever un enfant en commun au moins sur la partie la plus vulnérable du développement de celui-ci . Ce module pourrait être utilisé par la religion motivant un amour sans borne par exemple pour la Vierge Marie, ou Allah, engendrant des actes irrationnels, comme des sacrifices au nom de cet amour .
Difficultés à appréhender d’autres dimensions de temps et d’espace
La biologie sur terre trouve dans la théorie darwinnienne une théorie unificatrice qui ne nécessite ni concept ni concepteur.
On ne dispose pas encore d’une telle théorie pour la physique mais ce qu’on postule donne le vertige tant nos cerveaux sont mal outillés pour appréhender des théories comme celle de la mécanique quantique ou de la relativité générale.
A titre d’exemple , la notion de multivers postule l’existence de nombreux univers parallèles et parmi ceux-ci d’une minorité dont les constantes physiques seraient compatibles avec le développement du vivant.
Une théorie alternative, celle du mégavers, postule l’existence d’un seul univers qui subirait des expansions et contractions à l’infini, chaque nouveau big bang remettant en route de nouvelles constantes physiques, l’actuel étant compatible avec du vivant.
Ces notions sont profondément abstraites et difficiles à appréhender pour la plupart d’entre nous.
Les tenants du “dessein intelligent » ont défendu que pour avoir exactement les constantes physiques qui permettent la formation des planètes et des conditions nécessaires à la vie, il est nécessaire d’évoquer une intelligence supérieure.
Pour Dawkins et Dennet , si on imaginait une entité suffisamment intelligente pour concevoir un univers, il faudrait expliquer un niveau de complexité supplémentaire, celui qui serait responsable de l’apparition de cette intelligence, ce qui semble impossible.
En gros, la complexité ne peut avoir précédé la simplicité, ce qui est un théorème de base dans la théorie darwinnienne : la complexité naît de petits changements successifs étalés sur des temporalités très longues. Un outil peut être conçu par un fabriquant d’outils mais alors, et cela de manière automatique, ce fabriquant devra être plus complexe que ce qu’il fabrique.
Mécanismes permettant d’englober les conception religieuses dans l’architecture cognitive globale
Encapsulation et intégration
Il vaut mieux que les cognitions religieuses soient isolées du reste du monde cognitif car il ne serait pas adaptatif de faire des inférences dans d’autre domaines de connaissance du monde sur base religieuse. Il faut donc une structure cognitive permettant de considérer des mondes fictifs sans le confondre avec la réalité. Il s’agit de la pensée dite méta-représentationnelle .
A titre d’exemple on peut croire que Dieu va pourvoir à nos besoins mais cependant chercher à combler ces besoins par nous‑mêmes. Les personnes religieuses ne sont donc pas moins performantes en termes de reproduction et de santé que les autres ; ce serait même plutôt le contraire en Amérique du Nord .
Les représentations religieuses doivent cependant pouvoir être compatibles avec les autres systèmes cognitifs. Ainsi les concepts religieux sont souvent moraux ou moralisateurs et donc en accord avec les valeurs sociales communes .
Auto-aveuglement
Il est nécessaire de disposer d’une architecture cognitive qui biaise et distorde le flot d’informations pour le rendre congruent avec les concepts religieux du groupe. Faire croire par exemple à une déesse à bras n’est pas facile même pour un environnement culturel très structuré par des élites religieuse S. L’imprégnation de départ est facilitée par la crédulité infantile .
Performances cognitives globales et religiosité
Plusieurs données semblent indiquer que des capacités cognitives élevées sont associées avec un degré moindre de religiosité . Il est possible que la capacité de résoudre des problèmes, de comprendre des idées et de raisonner de manière abstraite diminue l’ampleur de tous les biais cognitifs décrits ci-dessus. Le déclin de la religiosité survenant avec l’âge chez les enfants et les adolescents pourrait participer de ce phénomène. Le QI semble être un facteur prédicteur d’athéisme : dans une étude réalisée dans 137 pays, un QI élevé était associé à une religiosité plus faible . Les cercles scientifiques de haut niveau sont par ailleurs associés à des taux élevés d’athéisme : une étude portant sur les membres de l’American National Academy of Sciences a rapporté un taux de 7% de croyants comparé à 90% dans la population générale .
LES AVANTAGES ADAPTATIFS DE LA RELIGION EN TANT QUE TELLE
Nombre d’auteurs pensent que la religion n’est pas un accident de l’évolution et ne peut pas s’expliquer entièrement par la théorie la décrivant comme un dérivé d’autres fonctions mentales , . Donner sa vie, ce que la religion exige parfois, est un coût gigantesque et il est nécessaire d’expliquer en quoi ce coût peut être justifié. Cette vision adaptative se centre principalement sur deux notions, celle dérivée de la théorie des jeux et celle du signal coûteux.
Théorie des jeux
Nous sommes des primates très coopératifs, et cette coopération ne se produit pas uniquement à l’intérieur des familles, l’altruisme de parentèle, mais s’étend largement à l’intérieur du corps social, un altruisme qualifié de réciproque .
Cette dernière forme d’altruisme peut donner lieu à des bénéfices pour les deux parties à condition d’avoir des rencontres répétées entre coopérateurs, de pouvoir garder en mémoire le résultat des rencontres précédentes et d’avoir la possibilité de punir les non-coopérateurs .
Il persiste toutefois un risque pour celui qui donne dans la mesure où il ne peut pas avoir la certitude qu’il récupérera son investissement.
C’est ici qu’intervient la réputation des participants, un élément fondamental dans les sociétés humaines. A titre d’exemple, même une technologie très moderne reprend cet élément quand il s’agit de transactions commerciales entre participants comme en témoigne la manière dont le site ebay est construit.
La morale religieuse permet de résoudre certains problèmes de coopération de manière peu coûteuse en modifiant les bénéfices attendus de la coopération (par exemple pour des agents qui pensent que la coopération paie toujours mieux que la défection) et cela reste vrai quel que soit le retour réel de la coopération. La récompense pour la coopération peut être par exemple le paradis et pour la défection l’enfer ou d’être réincarné sous forme de scarabée .
Si vos croyances religieuses sont partagées et qu’il est possible de reconnaître ceux qui appartiennent à votre groupe, vous pouvez bénéficier d’une assurance, relative, que votre interlocuteur sera un bon coopérateur . Dans une étude portant sur 186 cultures, Johnson (2005) a de fait montré que plus les Dieux sont vus comme puissants, moins il y a de comportements égoïstes dans la société .
Théorie de la signalisation coûteuse
Les organismes vivants utilisent le handicap pour signaler de manière authentique leurs propriétés et intentions . Un signal quelconque pourrait être imité à moindre coût par un individu non coopérateur et perdrait donc sa fonction de signal authentique .
Les émotions sont difficiles à feindre et à manipuler et constituent donc une source potentielle de signaux intéressants. On peut mentir avec des mots mais il est (plus) difficile de feindre des larmes .
Les émotions religieuses pourraient fonctionner comme des signaux qui identifient la présence de motivations moralisatrices impliquantes pour celui qui les émet . Le lien entre moralité et religion est toutefois fermement contesté par certains auteurs mais nous n’entrerons pas dans ce débat ici .
Les rituels peuvent avoir de nombreuses fonctions : communiquer des intentions, inculquer des doctrines, promulguer des lois, forger des alliances, offrir espoir et consolation, marquer des transitions, exciter, calmer ou divertir les participants et ces fonctions varient avec les contextes et les individus .
Les chercheurs évolutionnistes pensent que les fonctions du rituel sont de procurer des forums ou les émotions religieuses et les autres signaux coûteux d’engagements peuvent être produits et évalués .
S’il y a un lien entre les motivations et l’expression, l’ampleur des signaux de dévotion devrait être inversement proportionnelle aux probabilités de faire défaut dans des transactions de coopération .
Pour que ces signaux soient efficaces, ils doivent être produits devant un public et pour que le signal soit coûteux, il faut que les rituels demandent des sacrifices d’attention et de ressource. De fait, certaines pratiques religieuses sont fatigantes, dangereuses, douloureuses et susceptibles de distiller l’ennui pour les non-dévots .
Au plus les conventions rituelles sont ésotériques et élaborées, au plus elles sont difficiles à contrefaire pour des imposteurs.
Les tenants de la fonction adaptative de la religion prédisent que seuls ceux qui sont engagés envers une superstructure moralisante seront susceptibles d’accepter d’endurer ces rituels fréquemment .
Par ailleurs, en temps de crise, ils prédisent que la pratique religieuse devrait s’intensifier, ce qui est a priori paradoxal puisqu’on devrait normalement préserver des ressources pour ce qui est vital . Ainsi, on a observé que les familles musulmanes avaient consacré une plus grande part de leurs réserves à l’observance religieuse durant la crise financière indonésienne dans les années : les institutions religieuses procurent une assurance sociale et minimisent les risques en supportant collectivement les plus démunis, ce qui justifie les coûts de démonstration d’appartenance.
Dans une étude comparative de 200 communautés religieuses et séculaires au 19eme siècle, Sosis a montré que les communautés religieuses étaient de loin plus susceptibles de durer que les communautés séculières . Les communautés religieuses imposaient par ailleurs environ deux fois plus de conditions coûteuses à leurs membres, le nombre de conditions coûteuses étant directement corrélé avec la durée de vie du groupe .
Finalement, il semble que les rituels religieux influencent bel et bien l’altruisme une étude utilisant des jeux d’utilisation de ressource commune dans les kibboutz modernes a montré que les hommes religieux étaient plus altruistes que les femmes religieuses qui à leur tour l’étaient davantage que les hommes et les femmes non religieux . Ce phénomène pourrait être lié à l’intensité et au coût des rituels partagés, les hommes religieux devant participer à la prière commune à raison de trois fois par jour.
CONCLUSION
Le phénomène religieux pourrait être à la fois un produit dérivé de nos structures mentales et un comportement adaptatif lié à la nécessité d’établir des liens de coopération dans l’espèce humaine.
L’évolution a construit notre cerveau pour être adaptatif dans notre environnement, ce qui n’est pas toujours synonyme de raisonnement rationnel. De fait, de nombreuses illusions ou distorsions cognitives ont été décrites chez l’homme, dont certaines, telles la crédulité infantile, l’anthropomorphisme et la téléologie, pourraient jouer un rôle dans les conceptions religieuses. La nécessité de garantir une réciprocité dans les échanges de coopération a renforcé les mécanismes permettant d’obtenir des assurances quant à une réciprocité future. La réputation fournie par l’appartenance à un groupe religieux permet vraisemblablement de limiter les risques inhérents aux échanges réciproques. Ceci a toutefois un coût qui concerne les disponibilités en temps et en énergie, voire en sacrifices plus importants, nécessaires pour faire partie du groupe religieux et assurer sa publicité en temps que bon coopérateur potentiel.
Correspondance et tirés à part :
C. KORNREICH
C.H.U.Brugmann Institut de Psychiatrie
Place A. Van Gehuchten
1020 Bruxelles