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Ode à la merde

Avant d’entrer dans le vif, une petite mise en bouche, si j’ose dire vu le titre de mon article :

http://www.youtube.com/watch?v=PJTmeVOOcq0

Regardez, ça vaut le coup !

On croirait un extrait du film « Les barons », mais version islamiste. Sans, bien entendu, le moindre deuxième degré. Déjà, là, nos amis peinent à atteindre le premier. Il est vrai que leur prophète était, notoirement, un illettré, doublé d’un sérieux agité du bocal. Ils sont donc dans la ligne ! Et Allah est plus grand que jamais.

On me dira que ça n’a rien à voir avec le sujet de cet article. En y réfléchissant un peu, si !

Mais trêve d’agités du coran.

En septembre dernier, je vous avais proposé une version de cette Ode à la merde, déclamée dans les milieux estudiantins, mais manifestement anonyme.

J’en ai trouvé une version signée.

Elle date de 1807, par Mr de Pèressoncu. Si, si.

En réalité, il s’appelait Pierre Cusson, était un éminent professeur de l’Université de Montpellier, enseignant, les mathématiques, l’hydrographie et la botanique.

Estimé par les savants de l’époque, Linné, nous dit-on, lui dédia un genre, « La cussonia », une allée du Jardin des plantes de Paris porte son nom.

Vous allez lire cela sur un écran d’ordinateur et si d’aventure vous l’imprimez, vous n’aurez, graphiquement, que ce que vous méritez !

Cette Ode à la merde est parue sous forme d’une plaquette très réussie, le genre de publication qui fait honneur à sa bibliothèque, du moins quand on aime les bouquins.

Petite parenthèse, on nous dit qu’une menace planerait sur le livre lui-même depuis l’apparition du livre électronique ( ta mère ?). Je ne pense pas. De même que le cinéma n’a pas tué le théâtre, rien ne remplacera un vrai beau livre, édité avec soin et goût.

D’autres vouent ce livre électronique aux gémonies, considérant que c’est une saloperie industrielle de plus, dont on n’a pas besoin, qu’on va nous imposer, dont on ne pourra plus se passer et la planète va encore en prendre un peu plus plein la gueule.

On se calme.

Comme saloperie industrielle, l’imprimerie, c’est pas non plus !

Depuis, la déforestation, en passant par les divers transports, les machines, les produits servant à la transformation, puis à l’imprimerie etc. c’est un beau désastre ! Et sans doute pourrait-ton se passer de 90% de ce qui est publié. Mais là : stop ! Je n’aimerai pas que ce que j’aime lire se trouve dans les 90% qu’on ne publierait plus.

De plus, le livre, bien que je ne sois pas près de m’en passer, n’est pas une nécessité de l’évolution biologique du genre humain, qui s’en est passé pendant des millénaires. Il nous a, en somme, été imposé, comme produit industriel, depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg.

Il serait intéressant d’avoir une étude comparée des nuisance écologiques du livre classique et du livre électronique.

Revenons à cette belle plaquette éditée par la collection « KK bouquins », ils n’ont peur de rien aux éditions L’Archange Minotaure, éditeur en plein midi.

De plus l’ouvrage est enrichi de de cinq culs de lampe, peints, nous dit-on, par le Kalloscagathos. Qui c’est cui-là ?

Que nous dit ce bon Monsieur ou Madame Wikipédia :

« Kalos kagathos (en grec ancien: gκαλὸς κἀγαθός) est une expression idiomatique utilisée dans la littérature grecque ancienne. Cette locution est la forme abrégée (il s’agit d’une crase) de kalos kai agathos (καλὸς καὶ ἀγαθός), qui signifie littéralement « beau et bon ».

Cette expression était utilisée pour décrire un certain idéal de l’être humain, tant sur le plan intellectuel que sur le plan physique.

Pour les Grecs, avoir un corps d’athlète allait de pair avec le fait d’être cultivé et vertueux. »

Ça ! il vont y revenir au corps d’athlète, les grecs : plus un poil de gras en trop, le FMI, va y veiller. Pour ce qui est d’être vertueux, là, bien sûr, on rigole, car, comme d’hab,  les dirigeants qui ont mit ce pays dans la merde (c’est le sujet aujourd’hui, je vous le rappelle) n’ont pas été trempés dans le goudron avant d’être enduits de plumes. Ces malandrins sont toujours au pouvoir et pour ce qui est de devenir vertueux eux-mêmes, ça aussi, on peut compter dessus.

Bon alors, on y va ?

Oui, oui, ça vient. Mais je dois vous prévenir que c’est un peu long, que c’est bien scato, et que je ne vous en recommande pas la lecture comme apéro.

Toutefois, si un jour vous êtes invité à un banquet de bienfaisance chez Mme la Baronne, déclamez ce poème au dessert : succès garanti.

Finalement, si, en guise de critique,  je disais de ce texte qu’il est d’un goût à chier, je pense que l’auteur, s’il était encore de ce monde, en serait particulièrement honoré.

Ode à la merde

Que d’une crapule honteuse

Le buveur chante les plaisirs ;

Que l’amant, d’une voix pleureuse,

Fredonne d’ennuyeux soupirs :

Merde charmante! merde pure !

Fille aimable de la nature,

je chante tes attraits divins !

Puisse la lyre que je touche,

Te mettre à jamais dans la bouche

Et dans le nez de mes voisins !

*

J’implorerais, claire Hippocrène,

Le secours vanté de tes eaux,

Si l’on voyait, sur ton arène,

La Merde rouler à grands flots ;

Mais, puisque l’élément humide

Au sacré vallon seul préside,

Vous, Muses, animez mes chants :

A mes regards, troupe savante,

Offrez l’image ravissante

De neuf étrons encore fumants.

*

Que tout s’efforce, que tout chie :

Hommes, femmes, jeunes, barbons,

Que tout cul soit de la partie,

Haut les jupes, bas les caleçons.

Que vois-je! sur plus d’une file

Une troupe, à ma voix docile,

A déjà mis voiles au vent !

L’air soupire, le parfum vole,

Et parmi les sujets d’Éole,

La Merde sort en murmurant (1).

*

La scène change, et me présente

Des objets plus délicieux,

Odeur plus vive et plus piquante,

Spectacle encore plus pompeux.

Non; le pinceau du grand Apelle,

Par le tableau le plus fidèle,

Ne l’exprimerait qu’à demi.

Muses, achevez votre ouvrage ;

Dites ce qu’une telle image

Présente à chaque sens ravi.

*

Essaim nombreux, brillante armée

D’étrons nouvellement mis bas,

Quels plaisirs à l’âme charmée

Offrez-vous et n’offrez-vous pas !

Variété dans la figure,

Élégance dans la tournure,

Coloris diversifiés,

Différents degrés de mollesse,

Fumets exquis de toute espèce,

Goûts, enfin, les plus variés.

*

Lorsque chacun, en sa manière,

M’invite à tracer ses beautés,

Pourquoi tous, par un sort contraire,

Ne pourriez-vous être chantés ?

Étrons mâles, étrons femelles,

Étrons bien nourris, étrons grêles,

Étrons foireux, étrons moulés,

Étrons à face basanée,

Étrons à trogne enluminée,

Étrons sur vous-mêmes roulés.

*

Périsse à jamais la mémoire

Des Sybarites insensés,

Qui mirent une fausse gloire

A vous loger tous entassés !

Lieux d’aisance, lieux à l’anglaise,

Lieux inventés par la fadaise,

Vous ne présentez rien d’entier ;

Pour jouir du spectacle unique

D’un Étron en forme conique,

C’est au grand air qu’il faut chier.

*

On aime à voir de son ouvrage

La correcte proportion;

L’instinct de l’homme le plus sage

L’attache à sa production.

Sitôt qu’il est devenu père,

D’un œil joyeux il considère

L’être auquel il donne le jour ;

Et, tout en se grattant la fesse,

Avec complaisance il se baisse

Pour en admirer le contour (2).

*

Dieux! quel spectacle se prépare !

Quelle nouvelle volupté !

J’aperçois ce peuple tartare,

Au teint jaune, au nez épaté,

Assis sur un trône d’ivoire

Où repose sa sainte Foire,

C’est le grand Lama (3) que je vois !

La Foire coule; on la mitonne ;

En pastilles on la façonne :

Elle est… pour la bouche des rois.

*

Mais laissons ces hordes païennes,

Errer sous leurs âpres climats ;

Les régions européennes

Ont bien aussi leurs grands Lamas !

Princes, de leur merde sacrée

Sucez l’ambroisie épurée !

Pour vous seuls leurs culs sont féconds,

Laissez à nos femmes crédules,

Leurs indulgences et leurs bulles ;

Mais réservez-vous leurs étrons.

*

Que des préjugés de l’enfance

Cesse la tyrannique loi ;

Que les sens et l’expérience

Décident entre vous et moi :

Flairez cette Foire dorée,

Goûtez cette Merde sucrée,

Et ces Étrons musqués surtout :

Puis, dites-moi si la nature

Offre de volupté plus pure

Dans ce qui flatte votre goût ?

*

Gourmands, qui des mets les plus rares,

Goûtez à peine les douceurs ;

Vous, de Flore amateurs bizarres,

Et vous, partisans des senteurs ;

Sur vos délicieuses tables,

Dans vos parterres agréables,

Dans vos sultans, dans vos sachets,

Fut-il jamais rien que n’efface,

Par son parfum, son goût, sa grâce,

Un ambigu d’Étrons tous frais ?

*

Aimable résidu du chyle,

Par qui nos sens sont soutenus,

En renonçant à votre asile,

Nos premiers regards vous sont dus (4).

C’est ainsi que s’explique encore,

Pour la merde qui vient d’éclore,

L’amour vif que nous lui portons ;

Il nous forçait, dans l’âge tendre,

De la contempler, de lui rendre

Des hommages bien plus profonds (5).

*

Un étron du mélancolique

Met en fuite la sombre humeur ;

L’infortuné dysentérique,

Pour chier brave la douleur.

Lorsque, longtemps emprisonnée,

La Merde, en crottins façonnée,

Se prête enfin à nos efforts,

Ou que, liquide et trop contrainte,

Nous lui donnons l’essor sans crainte,

Qui pourrait peindre nos transports !

*

Non ; libre dans son cours, l’urine

N’offrit jamais tant d’agréments ;

Les dons de la chaste Lucine

Sont achetés par les tourments.

Se faisant jour sans violence,

Aux humains la Merde dispense

Des plaisirs innocents et vrais (6) ;

Ah! combien est digne d’envie

L’heureux cul qu’elle gratifie,

Trois fois par jour, de ses bienfaits !

*

Le matin, lorsque la lumière

Du mortel a frappé les yeux,

Il ouvre gaîment sa carrière

Par un étron délicieux.

Un second, non moins agréable,

Après s’être levé de table,

Est du dîner le digne fruit ;

La fin d’une heureuse journée,

Par un troisième est couronnée

Des charmes d’une douce nuit.

*

Des soins d’une mère zélée,

Homme ingrat, reconnais le prix ;

Verra-t-on la merde foulée,

Toujours en butte à tes mépris (7) ?

Si ton cour, que le faux captive,

Par sa beauté, pure, naïve,

Ne veut point se laisser charmer,

Que ses précieux avantages

Enlèvent enfin tes suffrages,

Et te contraignent à l’aimer.

*

Pourquoi cet appareil immense

Dans l’ordonnance d’un festin ?

Pourquoi ce soin, cette dépense,

Ayant la merde sous ta main ?

De tes biens, contempteur bizarre,

Après l’étranger et le rare

Te verrai-je toujours courir ?

Cette Merde, à tes yeux si vile,

Assure à ton goût difficile,

Moins de peine et plus de plaisir.

*

Dans ces lieux où la bonne chère

Offre les plus friands morceaux,

Ton goût à tous les goûts préfère

La Merde de certains oiseaux.

A travers un dégoût funeste,

La nature se manifeste :

Remplis ta destination !

Non; les Merdes les plus exquises

Près de celles que tu méprises,

Ne méritent pas un tel nom (8).

*

Plaidez une cause si belle,

Parlez, animaux délicats (9),

Vous, dont la langue sensuelle

D’un Étron fait un doux repas ;

Parlez, malades prétendues,

Vous à qui vos couleurs perdues (10),

Rendent un goût si naturel :

Du lit de merde où tu reposes,

Plus doux pour toi qu’un lit de roses,

Parle, ombre du grand PAPAREL(11) !

*

Vous tous, qui masquez la nature (12),

De votre art usez les détours ;

L’enfant, séduit par l’imposture,

Boit le suc qui sauve ses jours (13).

Que, d’une écorce revêtue,

La merde ne frappe la vue

Que sous des dehors imposants !

Auteurs d’une erreur salutaire,

Sur une aussi riche matière,

Que ne feront pas vos talents ?

*

Que vos sauces en soient nourries,

Qu’elle compose vos coulis,

Que son suc, aux viandes rôties,

Donne ce brillant coloris !

Crème, pâtés, tourtes, terrines,

Glaces, biscuits, gaufres, pralines,

Que tout chez vous soit aux étrons,

De vos ragoûts, seuls aromates,

Farines, de toutes vos pâtes,

Et sucre de tous vos bonbons !

*

Ne cherchez point au sein de Flore

Des essences pour vos cheveux,

Muguets fringants, la Merde encore

Vous offre un parfum précieux.

Laissez chez le noir insulaire

Cette plante peu nécessaire (14),

Vous qu’elle rend passionnés:

Dans la Merde pulvérisée,

Une volupté plus aisée

Attend vos faméliques nez.

*

L’art sait-il cacher les ravages

Que font la nature et les ans ?

La merde couvre leurs outrages

De voiles encore plus saillants.

Dans ce vermillon favorable,

Puisez tous les jours, sexe aimable,

Un secours que refuse l’art.

Des Hottentotes ingénues

Les grâces ne sont soutenues

Que par le secours de ce fard (15).

*

Mais cet avantage éphémère

Entre-t-il en comparaison

Du service si nécessaire

En un temps de contagion ?

Racontez-nous cette merveille,

Ô vous, renaissante Marseille !

Et, rappelant vos jours de deuil,

Dites, dans cette conjoncture,

Combien la soi-disante ordure

Enleva d’hommes au cercueil (16).

*

Dans cet efficace topique,

La science n’entrait pour rien:

On laissait en paix la tactique

D’Hippocrate et de Galien.

D’une si puissante ressource,

Chacun en soi trouvait la source ;

Noble ou faquin, tout était bon.

Et l’homme défendait sa vie

Des fureurs de l’épidémie,

Sans autres secours qu’un Étron.

*

Reine de tout ce qui respire,

Source du souverain plaisir,

Merde pure, de ton empire

L’homme en vain prétend s’affranchir:

D’une fleur, d’un fruit, d’une plante,

Prenant la figure attrayante,

Tu sais le ranger sous ta loi (17).

Âme de tout ce qui doit naître,

A tout tu communiques l’être,

Et tout, enfin, s’abîme en toi.

*

ENVOI

A deux demoiselles qui faisaient les pâles couleurs avec de la Merde.

Lorsque dans vos fers tout s’engage,

Que tout sent l’effet de vos coups,

Nymphes, recevez un hommage

Que j’ai cru seul digne de vous.

Que la Merde, sous vos auspices,

Des mortels fasse les délices !

Qu’elle trouve en vous un soutien !

Ayez-la sans cesse à la bouche ;

Que sa beauté seule vous touche,

Et, hors elle, n’estimez-rien !

*

NOTES

(1)Exit Vissa furens, putrid&prienuntia Merdae

(2) Quand accroupi dans un coin solitaire,

Le cul au vent, un papier à la main,

Les yeux baissés, le menton sur le sein,

Serrant le ventre, et poussant du derrière,

Nous donnons l’être à cet infortuné,

Se relevant, l’homme le plus austère,

D’un air bénin, lorgne le nouveau né ;

Ces doux regards sont les adieux d’un père,

Qui voit son fils pour la dernière fois…

C…D…

*

(3) Le respect qu’on lui porte est poussé si loin, que ses excréments même sont regardés comme sacrés. Son urine est conservée comme un élixir divin, propre à guérir toutes les maladies. On fait sécher ses déjections les plus grossières; on les réduit en poudre qu’on renferme dans des boîtes d’or, enrichies de pierreries, et on les envoie aux plus grands princes de sa communion, comme des présents d’un prix inestimable. Ces monarques se font un honneur de les porter pendues à leur cou.

NOEL, Dict. de la Fable, au mot DALAI-LAMA.

*

(4)Il n’est presque personne qui, après avoir chié, ne donne au moins un coup d’œil à l’étron qu’il vient de faire qu’elles l’ont très-sain et très-naturel.

*

(5) Les enfants qui ne suivent que l’impulsion de lanature, non seulement se tournent vers l’étron qu’ils ont fait, le regardent, le contemplent, mais même se plaisent à le toucher, à le diviser, à l’analyser.

*

(6) De los gustos sin pecar,

El mayor es el cagar.

*

(7) Les Romains qui étaient nos maîtres, et qui sont encore nos législateurs, respectaient les étrons. Le culte de la déesse Cloacine est une preuve victorieuse de leur bon goût. Le jour de sa fête, les latrines étaient décorées de verdure et de fleurs; peut-être, dit un auteur, que les étrons qui bordaient les avenues, avaient ce jour-là le bouquet sur l’oreille. L’expérience nous prouve que nous aimons prodigieusement la merde; la preuve en est sensible dans les enfants, qui, plus voisins de la nature et de la vérité, regardent plus longtemps leurs ordures que les personnes expérimentées. Voyez sur ce sujet les savants Mémoires de l’Académie de Troyes.

*

(8) FIANTÆUS, dans son Traité d’Anatomie comparée, dit que la merde humaine est beaucoup plus parfaite que celle des autres animaux.

*

(9) Les cochons.

*

(10) Il n’est pas rare de trouver de jeunes filles qui font les pâles couleurs avec de la Merde. On croit assez généralement qu’elles ont le goût malade, tandis qu’elles l’ont très sain et très naturel.

*

(11) M. PAPAREL, homme très-sensuel, mangeait la Merde avec une cuiller d’or. FIANTÆUS nous en a donné la vie dans son Histoire des Gourmets.

*

(12) Cuisiniers, pâtissiers, rôtisseurs.

*

(13) Cosi ail’egro fanciul porgiamo aspersi

Di soavi licor gli orli del vaso ;

Succhi aman, ingannato, intanto ei beve,

e dall’ inganno suo vita ri ceve.

GERUSAL. LIBERAL CANT PRIM.

*

(14) Le tabac.

*

(15) Les Hottentotes chient dans leurs mains, et se peignent le corps et le visage de leurs excréments, pour plaire à leurs maris.

*

(16) On sait que la merde est un préservatif contre la peste les habitants de Marseille, qui eurent la présence d’esprit de s’en frotter, lors de la peste, échappèrent à ce fléau.

*

(17) Personne n’ignore le grand rôle que joue le fumier dans la végétation. Aussi l’auteur prétend-il avec raison que les fruits, les fleurs, les végétaux ne sont que de la merde plus ou moins diversifiée.

*

FIN

*

Bonjours chez vous. S’il n’y a personne, vous pouvez laisser la porte des toilettes ouvertes

Paul Gobert : Créationniste

011 créationniste

C’est pas plus compliqué que ça, le créationnisme !

Quand on pense que, depuis les grecs, les humains se prennent la tête pour essayer de comprendre comment fonctionne l’univers ! La physique, la chimie, la biologie, les mathématiques, la géologie… tout ces trucs vachement compliqués, qu’il faut des années d’études ne serait-ce que pour commencer à comprendre et même pas encore s’en servir….

Alors qu’il suffit d’un bonhomme avec une manivelle.

Oh! attention ! une manivelle métaphysique, hein! C’est autre chose qu’une manivelle pour presser la purée ou faire démarrer une bagnole. Bon d’accord, les jeunes vous n’avez pas connu les bagnoles qui démarraient à la manivelle. En ces temps, automobiliste,  ça demandait de donner de soi. Parfois, même la manivelle ne suffisait pas. Fallait pousser. A plusieurs. Ça créait de la convivialité. Sans compter la boite à outils pour réparer en route. Moins sportif ? Voire ! La reptation sur le dos, sous le moteur, ça faisait travailler la colonne vertébrale. En tout cas,  ça développait la créativité en matière de vocabulaire ordurier. Un peu comme avec Windows, de nos jours.

Créationniste, c’est pas trop fatigant pour la sauce blanche qui clapote entre nos deux oreilles. Quand on ne parvient pas à expliquer quelque chose, parce qu’on ne sait pas, hop! on convoque le grand barbu ( il ne se déplace pas en personne, mais il donne procuration, semble-t-il, à des tas de gens; moi, je dis qu’il n’est pas trop regardant) et tout s’éclaire.

Même quand on sait, mais que ça ne correspond pas à ce qui est dans la Bible, livre d’une très haute tenue scientifique, écrit à une époque où la science et le savoir humain étaient à leur apogée,( dans le désert et derrière le cul des moutons, c’est fou ce qu’on invente; c’est pas comme aujourd’hui) : un coup de grand barbu et ça repart.

L’évolution, ça ne figure pas dans cet ouvrage. Donc, c’est faux. Descendre du singe ! et quoi encore ? avec Dieu qui a fait l’homme à son image…

Descendre du singe, peut-être, mais comme le vers luisant descendait du mégot en disant : « Ben quoi, tout le monde peut se tromper ! »

Mes observations personnelles m’amènent à penser que nombre d’entre nous en sont tombés, du singe.

D’ailleurs, je le trouve plutôt sympa, l’animal. Assez ressemblant et au moins il ne se comporte pas comme un malade mental, acharné à détruire son biotope (et celui des autres espèces dans le même geste).  Je ne vois donc aucun inconvénient à me sentir de sa famille.

Mais notez bien qu’il n’y a pas que la manivelle métaphysique pour expliquer le monde et ses mystères. La manivelle matérialiste scientifique c’était pas mal non plus, dans son genre, aux temps où il n’y avait que les anarchistes à rire, bêtement, comme d’hab, du Marxisme-Léninisme.

Marx étant insuffisant aux yeux des bricoleurs, on y a ajouté un nain de jardin, pour faire joli.

La recherche scientifique se devait de suivre les principes sacrés du Marxisme-Léninisme. Comme le matérialisme scientifique est strictement marxiste, pas moyen de s’égarer. Les résultats, naturellement, devaient être Marxistes-Léninistes. Sinon, poubelle et, putain, j’espère que personne n’a rien vu !

Le croiriez-vous ? Ça marchait à tous les coups !

Si, si !

C’était autre chose que la science de vipères lubriques des ploutocraties occidentales.

La perspective, notion éminemment scientifique, à condition d’être mise en œuvre dans le cadre strict de la ligne du parti et au profit exclusif des larges masses, la perspective, donc, du goulag garantissait les résultats du chercheur.

Trofim Lyssenco, (voir ce mot dans le dictionnaire, ou, si vous être trop feignants sur Wikipédia) savant soviétique abondamment décoré et grand patron de la biologie en URSS a été le phare de cette méthode révolutionnaire.

Il a été mal compris et dénigré par les jaloux, voila tout.

Dommage, on rigolait bien.

Et Paul Gobert dans tout ça ?

Ben, pour dire à peu prés la même chose, il lui faut moins de place.

Bonjour chez vous.

Persona… gratta

« Persona » désignait un masque dans le théâtre antique. Le masque représentant symboliquement tel ou tel type d’individu.

« Persona » est devenu ensuite le comédien qui portait le masque, puis, au fil du temps, un simple quidam, une personne.

La boucle est bouclée : le masque est toujours là .

Eh oui! pour vivre avec les autres, se déguiser en ceci ou en cela, imaginant qu’on persuade l’autre qu’on est bien ceci ou cela, est quasiment une nécessité. Ce n’est pas vraiment nouveau. Mais l’autre, qui n’est qu’un rustre, un malfaisant, plutôt qu’en ceci ou cela vous voit plus volontiers en ceça ou celi.

Caramba! encore raaaté.

Faut retravailler le masque.

Et…

Passe la vie, passe les jours,

Adieu la jeunesse et l’amour …

Comme l’écrivait Jean-Roger Caussimont pour Léo Ferré dans « Le temps du Tango ». Cette magnifique chanson.

Etonnant, non? comment la connaissance de l’origine d’un mot banal, quoi de plus banal qu’une personne, peut conduire à des prises de têtes graves, mais salutaires, pour s’éclairer soi-même et le monde qui va avec !

Raison pour laquelle l’étude du grec et du latin n’est pas encouragée dans les écoles secondaires. Manquerait plus qu’en sortent des hordes de jeunes gens qui, ayant apprit que les mots c’est pas simplement pour faire du bruit avec sa bouche, seraient capables de démasquer au premier coup d’œil les flatulences qui se prennent pour le nombril du monde. Il est vrai que beaucoup, parmi la folle jeunesse, encouragés pas une famille soucieuse de leur avenir, se voient bien un destin de flatulence.

Et y œuvrent avec tout le sérieux requis.

Tout ce préambule pour vous parler de l’exposition Persona, à Tervuren, au Musée Royal de l’Afrique Centrale,

On aura compris, vu le lieu, que les masques sont africains. Traditionnels, utilisés dans les cérémonies profanes, religieuses, ou initiatiques, mais aussi interprétés, revisités, par des artistes africains contemporains.

Je ne vais pas faire mon critique d’art, j’en suis bien incapable; et puis la plupart me gavent, je ne mettrai donc pas ce masque.

Résumé: Superbe, émouvant.

Ça dure jusqu’au 3 janvier 2010. Ça vous laisse le temps de penser à y aller voir, puis de préparer le voyage.

On peut s’y rendre en tram.

Pour suivre, une ballade dans le vaste et magnifique parc vous donnera l’occasion de penser et repenser à tout ce que vous venez de voir, soit tout seul, soit d’en discuter avec la ou les personnes qui vous accompagnent, bref, de philosopher tout en marchant.

Péripatéticiens, va!

AP (Après Publication) deux correspondantes me signalent :

1) L’étonnante exposition, à l’extérieur du Musée, d’un troupeau d’éléphants en bois, de Tom Franssen

2) Que le texte exact de la chanson de Jean-Roger Caussimont est :

Et doucement passent les jours

Adieu la jeunesse et l’amour.

Merci les filles !

Paul Gobert

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Paul Gobert est peintre. Il fut l’élève de Roger Somville. Il a participé à la création de la peinture murale de la station de métro Hankar. Elle fit hurler pas mal de gens à l’époque; je pense que depuis ça s’est calmé. Il  est vrai qu’elle n’est pas de tout repos. Somville non plus. Un des derniers staliniens, un vrai monument; on ne s’en douterait pas car c’est un homme fort agréable. Naturellement, pas avec les ennemis du peuple et les anars sans conscience politique. Il m’avait démasqué. Mais finalement me supportait plutôt bien. Pour ma part, je n’avais rien à voir avec la peinture en question, ni aucune autre, je passais juste de temps en temps casser la croûte et boire des coups avec mes potes qui clachaient dur sous la férule du Maître.

Paul  a enseigné la peinture à l’Académie de Boitsfort. Il a également fait de la BD. Dans l’édition Belge de Pilote et surtout ses environs propices à l’évaporation quasi instantanée du jus de houblon, nous avons eu l’occasion de bien déconner.

Avant, il y avait eu l’aventure Graffiti.

Graffiti était un journal édité par un groupe anarcho-pochetron, dont j’étais membre. Comme on n’avait pas de fric pour payer un imprimeur, on tirait notre mensuel relativement trimestriel, et encore ! ( voir plus loin) en sérigraphie. Je vous raconte pas le boulot ! Le format était celui d’un quotidien de l’époque (France-soir, Le Soir, etc.) on voyait grand. Pour le contenu, par cohérence vis-à-vis du titre on voulait que ça ressemble à un mur de chiottes. C’était complètement réussi. Quatre pages, dont trois d’aphorismes douteux, de proclamations oiseuses, de sentences foireuses, de dessins qu’aujourd’hui on dirait, avec admiration, « spontanés ».

Seule la une était réalisée par un vrai dessinateur. Celle du premier numéro, Willy Wolstajn en était l’auteur, la seconde c’était Paul Gobert. Tous deux n’étaient pas des anarchos-pochetrons, mais d’authentiques membres du Parti Communiste Belge, pas toujours très satisfaits de l’ambiance. Malheureusement, ce deuxième numéro n’est jamais sorti. J’ai encore un exemplaire de la couverture, soigneusement rangé dans une armoire Culox.  Mon chat y est allé dormir et a fait, avec ses griffes, quelques gentils petits travaux créatifs sur cette une historique. On est bien peu de choses.

On vendait ce journal à la criée, avec des arguments de choc :

- Demandez Graffiti, le seul journal qui ne bouche pas les chiottes ! idéal pour emballer le poisson ! La liaison de Mireille Mathieu et Fidel Castro, tous les détails dans Graffiti !

C’était même pas vrai.

Ça se passait en 1970 ou 71, je ne sais plus trop, en pleine effervescence post-soixante huit. A l’époque, Jean-Paul Sartre ne savait plus où donner du Marxisme-Léninisme tendance Nids d’hirondelles et publiait à tout va. C’était aussi un de nos arguments de vente : « Graffiti, le seul journal gauchiste dans lequel Jean-Paul Sartre n’écrit pas. » Ça, c’était vrai.

Paul a très mauvais mauvais esprit et quand il n’aime pas, il ne fait pas dans le chichi. Il a trouvé dans « Les pérégrinations extra-culinaires du camembert qui grinche », une source d’inspiration.

C’est pas moi qui vais le contrarier.

Encore un effort pour chanter juste !

J’habite juste derrière une mosquée. Pour un ami des religions comme moi, ça tombe bien. Quelques jardins nous séparent. Le vendredi après-midi, en été si on ouvre ses fenêtres et on les ouvre, évidemment, il fait chaud en été, même en Belgique. A la mosquée ils les ouvrent aussi leurs fenêtres.  On a droit alors à un récital gratos de chants religieux. Sur le chemin de Dieu, je suis. Forcément, puisque le chant s’adresse à lui et que je l’entend.

Rien que du bonheur me direz-vous, ma conversion est en route, un mécréant de moins.

Ben non. Parce que le type qui chante le vendredi, chante comme un cochon ! Oui, je sais, pour un musulman, c’est pas terrible.

Et Dieu ne fait rien ! C’est incroyable. Il devrait penser un peu à son image. Mais c’est toujours pareil avec lui. Il laisse les gens faire les pires conneries de leur vivant et c’est quand ils sont morts qu’il prend des mesures; à ce qu’on dit, car il n’y a pas de témoins. On n’est même pas sûrs!

Le nôtre, enfin, celui des chrétiens, a essayé de faire quelque chose, lui,  il y a dans les 2000 ans, du moins à ce qu’il se dit et s’écrit.

Depuis, plus rien ! On peut pas dire qu’il se tue à la tâche.

Il a fait zigouiller son fils préféré, très gentil, très beau, très intelligent paraît-il,  pour racheter  (à qui ?) la bêtise et la méchanceté de l’humanité de l’époque.

J’avoue n’avoir toujours pas bien compris le stuut, comme on dit en Bruxellois, la démarche, si vous préférez.  Me viendrait-il à l’idée ne serait-ce que de foutre une baffe à mon gamin de façon à m’éxonérer de la voix de chiottes du musulman de la mosquée d’à côté ?   » Tiens petit con ! ça lui apprendra ! »

Y a pas que moi sans doute qui n’ai pas bien compris le film, parce que depuis l’évènement, elle n’a pas beaucoup changé l’humanité. En plus, il n’y  même pas eu de poursuites après un crime aussi abominable. Que faisait la police ? Et la justice ? Ça ne pouvait qu’encourager les dérives. On l’a bien vu. Et c’est pas fini.

Mais je  s’éloigne de mes considérations artistiques.

Je supporte bien le gospel, pourtant c’est pas les bondieuseries qui font défaut dans les textes. C’est même que ça. Mais ça me fait comme du miel dans les oreilles lorsque j’en entend.  Ouais, je sais, le cérumen a la même couleur. Oh! ça va, hein ! j’ai bien senti que vous le pensiez très fort. Et la poésie, hein ? la poésie ?

Tout ça pour vous dire que si l’Islam veut entrer dans la modernité et avoir un jour un président des États-Unis, il va falloir revoir la formation musicale des imams. En attendant, ça fera toujours des vacances aux voisins des mosquées.

Fêt.Nat.

Je suis allé au défilé militaire du 21 juillet. C’est la première fois de ma vie que j’assistai à ce genre de manif, avant de mourir idiot.  Je ne regrette pas. Y avait de la musique. A cet égard, nombre de mes préjugés ont disparus : à côté de ce qu’il nous est donné d’entendre une peu partout (les MP3 pas étanches dans le bus ou le métro, les tarés qui transforment leur voiture en juke-box,  et ne parlons pas des manifestations dites populaires ) la musique militaire c’est léger, primesautier, mutin, plein d’invention. Notamment, le croiriez-vous, côté rythmique. Le marteau pilon de forge en vigueur dans la musique que je suis obligé d’écouter contre mon gré dans les lieux cités ci-dessus, et bien d’autres,  fait place, ici,  à un simple son de tambours, d’un niveau sonore tout-à-fait acceptable et aux figures variées, si, si, le tout agrémenté d’harmonies brillantes et élaborées, du moins si je prends comme référence ce que le matin même je subissais sur le trajet de ma promenade quotidienne en traversant la place Jourdan affligée d’une sorte de kermesse.

Comme la pluie tardait à venir (d’habitude, on me l’a dit, il pleut lors du défilé de la fête nationale), le défilé a commencé en retard, sans elle. Après les anciens combattants, elle arrivée, juste au moment où la force aérienne vrombissait dans le ciel de toute la force de ses machines volantes . Si bien qu’on avait l’impression qu’elles nous pissaient dessus. Merci les aviateurs.

Après, à pince, du même pas martial un tas de militaires tous habillés de la même façon,  sauf les marins et les aviateurs, si j’ai bien compris, ont remonté la Place des Palais devant le roi, que je n’ai pas vu. Soit il n’était pas là, soit j’étais trop loin pour le voir, dans ce cas, il aurait au moins pu faire signe. Il devient un peu pisse-froid avec l’âge. Quoiqu’il en soit  il était difficile de savoir qu’elle était la spécialité de chacun de ces militaires en ce qui concerne l’extermination de l’ennemi, même à petit feu.

Après les fantassins, on a vu le matos. La marine tractait un impressionnant canot pneumatique, mais sans les bouées, ni les transats. L’aviation, après nous avoir pissé dessus, exhibait un avion ultra moderne, mais démonté. Les espions l’avaient dans le baba. Ensuite, blindés, canons,  mitrailleuses et tout le massacre,  nous en ont mit plein la vue, surtout le véhicule spécialisé dans l’épuration de l’eau. J’étais soulagé d’apprendre que même dans les pays insalubres on ne plaisantait pas avec le pastis du militaire.

Puis venaient les services après-vente, les ambulances diverses et variées. Je m’attendais, pour terminer logiquement, aux voitures funéraires, mais non, rien. Décevant.

J’ai ensuite beaucoup apprécié l’exhibition de la police cycliste : trois flics en casque aéré, polo orange et short noir, pédalant comme des enragés sur leurs bécanes dernier cri. Après les blindés, ça faisait un peu léger. Tout le monde a bien rit. La foule rit d’un rien. Elle aurait mieux fait de considérer que le taux local de CO2 venait de baisser drastiquement. Ce n’était, bien sûr, que partie remise. Dans la bataille du CO2, nos amis les militaires ne reculeront pas d’un baril de pétrole.

Ce que j’ai préféré, c’est le défilé des renseignements militaires : manteau noir au col relevé, Borsalino de la même couleur, bord  rabattu sur l’œil et surtout l’impeccable frisoti réglementaire de leurs fausse-barbes que le vent fripon tentait, en vain, d’embrouiller.

Putain que c’était beau ! si j’avais su, j’aurais amené les enfants.


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