Qui c’est çui-là ?

L'ane charlotte et moi Michel Noirret se trouve sur cette photo (de Guy Lejeune). Saurez-vous le reconnaître?

Né en Ardèche au cours d’une guerre dans laquelle il est impossible de lui imputer la moindre responsabilité, Michel Noirret, trois ans après la fin des hostilités, en 1948, dès l’âge de cinq ans, entame des études d’abord assez primaires, puis carrément secondaires.
Il y obtient de nombreux blâmes, admonestations, tirages d’oreilles, lignes, conjugaisons à tous les temps et tous les modes, retenues, et autres renvois définitifs de l’établissement. Il voue donc une infinie reconnaissance à l’ensemble des pédagogues et éducateurs qui, avec un dévouement sans faille et un sens du devoir touchant à l’abnégation, lui ont forgé le caractère.
Cette persévérance dans la cancritude considérée comme un des beaux-arts, lui vaudra, dès l’âge de 17 ans de contribuer à la prospérité du capitalisme français en participant, de ses blanches mains, à la fabrication du fil à pneu dans les usines de monsieur Rhône-Poulenc.
Grâce soit ici rendue à ce bienfaiteur de l’humanité sans lequel Michel Noirret ne se serait jamais intéressé à Karl Marx..
Il retient de ses pieuses lectures ce principe essentiel : l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes. Excellente nouvelle. Malheureusement ses camarades de chaîne ne semblent pas pressés de la mettre à exécution, ou du moins s’en remettent, pour cette chose pourtant extrêmement personnelle, au syndicat ou au parti. Lesquels, sans travailleurs enchaînés n’auraient plus de raison d’être, ce qui serait nuisible à la carrière.
L’émancipation des travailleurs n’étant donc pas à l’ordre du jour, Michel Noirret  décide alors, arbitrairement et sans consulter la base, de l’émancipation du travailleur par lui-même, trahissant ainsi la classe ouvrière, ses idéaux et ses représentants, conséquence d’un esprit petit-bourgeois sans conscience politique, un anarchiste !
Un tel comportement n’est à mettre au seul compte d’une interprétation personnelle des saintes écritures, mais à la rencontre concomitante avec l’oeuvre de quelques personnages extrêmement malveillants comme Jacques Prévert, Georges Brassens, Boris Vian et surtout Hara-Kiri, Journal bête et méchant. On n’a pas idée aujourd’hui de ce que pouvait représenter l’arrivée de cette bombe iconoclaste dans l’univers sinistre, policé, policier, guerrier, enrégimenté, convenu, convenable, cravaté, costumé, glacé, figé, bien-pensant à droite comme à gauche. Ainsi donc, il y avait à portée de la main un autre univers. Lequel ? ça, personne ne savait, mais pas l’étouffoir dans lequel on vivait, en France, au début des années soixante.
Notre héros sans emploi à 19 ans, ne sait pas du tout ce qu’il va faire mais bien ce qu’il ne fera plus, le plus longtemps possible en tout cas : avoir un emploi.
Nanti d’une guitare et d’un dictionnaire de rime, il part affronter le monde cruel du show-bizness à Paris.
Car, par le plus grand des hasards et presque à l’insu de son plein gré, il a décroché, par l’intermédiaire avisé de Jacques Canetti, un contrat d’exclusivité de cinq ans dans une multinationale phonographique : Philips. Il y commet quelques microsillons de 45 et 33 tours minute, (il les a compté), puis d’autres chez la concurrence, Barclay. La gloire est à porté de la main.
Toutefois, le répertoire n’étant pas précisément en phase avec les valeurs de l’époque, il se nourrit principalement de vache enragée et encore ! Pas tous les jours , comme dit le proverbe.
Mai 68. Le 13. Plus d’un million de personnes dans les rues de Paris et la nuit venue, les barricades au quartier latin. Des vraies, des grandes, des belles ! l’ambiance!
Rendons ici hommage à un homme fort vilipendé, honni, préfet de Police de Paris, dont le nom rimait si bien avec « Salaud, le peuple aura ta peau ! » : Grimaud. Ses flics n’ont jamais encerclé les manifestants, il y avait toujours une issue libre pour s’en aller. Le but n’était pas le massacre !
Avec son prédécesseur, l’infâme Papon, il n’en aurait pas été de même et les choses auraient pris un
toute autre tournure.
Période malgré tout tragique, puisque l’on vit un agent de la force publique se retourner cruellement un ongle en giflant un manifestant.
Michel Noirret fuit ce déchaînement de barbarie policière. C’est le Ministre de l’intérieur ou lui ! Comme le veut la sagesse publique, face à une provocation, c’est toujours le plus intelligent qui laisse tomber. Qui, aujourd’hui, oserait dire, sans rire, que Raymond Marcellin ait brillé plus par son intelligence que par le fond de son pantalon ?
En 1969 Michel Noirret se réfugie donc en Belgique. Pays qu’il connaît bien maintenant puisqu’il y réside toujours; il lui a notamment consacré, dès 1972, une conférence intitulée « La Belgique n’existe n’existe pas, je le sais, j’y habite » et c’est pas en voie de s’arranger.
Depuis qu’il est en âge de ne rien faire Michel Noirret se consacre à divers métiers auxquels il ne connaît rien, ce qui lui permet une approche beaucoup plus objective et sereine de sa pratique: compositeur, chanteur, scénariste de BD, de radio, de télé, guitariste, éditeur, auteur dramatique, journaliste, pouète, écrivain, cinéaste…

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